Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/343

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tement.) Eh bien, moi qui, au mois de janvier avais pensé à ne plus me teindre les cheveux !… Crois-tu, quelle chance que je sois retournée chez le coiffeur !


ÉMILIE.

Ah ! vous voyez bien que vous êtes décidée à essayer.


HONORINE.

Tais-toi… j’ai honte ! Oh ! qu’exige-t-on de moi ?… quelle comédie !… Se faire belle… et pour lui ! pour lui plaire !… Mon cœur s’énerve… tiens, tâte… Il me semble que je redeviens tout à coup une enfant. Me voilà reportée aux soirées du printemps, dans la vieille préfecture de Toulouse… se faire belle… et on portait des robes à cette époque !… des horreurs… c’était la mode des manches à gigot… Dieu que c’était laid !


ÉMILIE.

Je crois… attendez donc… à cette époque. Comment étaient les robes, décolletées déjà ?


HONORINE.

Le gigot était remplacé par d’affreux petits ballonnets… tu sais bien… tu sais bien ?… et on mettait des gants très longs, jusque-là, ça me fait même penser à une chose !… ça me fait penser… (Dieu qu’on est romanesque à vingt ans !)… qu’après un bal, ce gant qu’il avait longuement couvert de baisers, je l’avais enfermé précieusement… Il y a même quelques années, dans un déménagement, j’avais retrouvé cette épave… puis… on est ingrat avec les souvenirs… celui-là a dû être jeté dans quelque coin. Mais en tout cas, j’ai sûrement conservé de cette époque des objets plus consistants qui ont résisté au déménagement.