Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/353

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J’ai toujours soigneusement évité de vous rencontrer. Aujourd’hui, j’ai failli encore ne pas venir.


JUSSIEUX.

Tout à l’heure, je causais avec la maîtresae de la maison. Elle ne m’a pas dit que vous étiez là.


HONORINE.

On a peut-être eu peur que vous hésitiez entre l’appréhension et la curiosité… et qu’on ne puisse plus vous retrouver. Plusieurs fois, j’aurais pu aisément, au cours de la vie, me placer sur votre chemin ; la peur, la prudence l’emportaient sur tout autre sentiment… Mais ce soir, l’atmosphère me semblait plus convenable… Nous voyez-vous face à face dans un thé ou en pleine réception… « Bonjour, cher Monsieur, vous êtes pour quelque temps à Paris… etc… » quelle horreur !


JUSSIEUX.

Ah ! votre présence d’esprit est bien restée la même ! Vous êtes là devant moi, naturelle, souriante… Comme si vous m’aviez vu hier… Il est vrai qu’autrefois déjà, dans les circonstances les plus grave, vous auriez pu passer pour frivole ou mutine.


HONORINE.

C’est que moi, mon cher, il y a une heure bien comptée que je vous regarde… là… en bas… aller et venir. Une heure pour changer une plaque dans le stéréoscope, c’est beaucoup !… Tenez, je suis habituée à vous comme si je vous connaissais depuis… vingt ans !…


JUSSIEUX.

J’ai terriblement changé, n’est-ce pas ?


HONORINE.

Pas tant que vous croyez, mais tout de même plus que vous ne l’espérez.