Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/360

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Pourquoi pas ?… Vous ne saurez jamais combien de fois j’ai embrassé l’épaule nue de la jeune fille que vous étiez… j’ai passé vos petits bras à mon cou… que de fois j’ai dénoué vos cheveux en tenant une autre tête que la vôtre…


HONORINE, (doucement émue.)

Taisez-vous, taisez-vous !… Et pourtant vous avez connu des femmes qui devaient être bien plus jolies que je n’ai jamais dû l’être !… car que de conquêtes n’avez-vous pas faites !… Vous étiez vraiment le type de l’homme à femmes, le prédestiné… On m’a dit que vous aviez été terrible et cruel…


JUSSIEUX.

En vérité, des femmes sensibles ont trouvé en moi un amateur tantôt serviable, tantôt irrité.


HONORINE, (souriant.)

Alors, je vous demande pardon, vous disiez ces femmes… ces aventures !… J’en reviens à mon idée parce que je vous assure que ce n’était pas désagréable du tout.


JUSSIEUX.

Oui, vous étiez de ces privilégiées que nous transportons avec nous et auxquelles on fait appel régulièrement dans certaines circonstances, l’ennui, la maladie, la volupté… quelquefois le simple bonheur.


HONORINE.

Oh ! oh ! dans le bonheur… rarement sans doute ! Est-ce que je ne revenais pas plus facilement au moment des déceptions ?


JUSSIEUX.

Tout de même ! Dans un beau matin de soleil,