Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/156

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vérités dans lesquelles nous avons confiance depuis tant d’années, qui nous guident et nous prodiguent l’effusion de leur lumière.


BLONDEL, (jetant des regards détournés sur ce maître à ses genoux.)

Ah ! ta voix et ton éloquence de séducteur ! Oh ! tes yeux aussi… les yeux de mon maître ! C’étaient plus que les yeux de mon ami, c’étaient ceux qui m’auraient conduit au bout du monde, sans réflexion… Mauvais conseiller, va !… Tentateur d’idées !


BOUGUET, (voyant l’ascendant qu’il reprend sur le disciple, et passionnément.)

Oh ! si jamais j’ai eu un peu d’empire sur toi, je t’adjure de m’écouter. Élève-toi, oui, élève-toi au-dessus des autres hommes, au-dessus de leur vulgarité. Ils sont faibles ; toi pas… Tu es de l’autre classe, toi, de la grande ! Ne sois pas le jaloux qui se torture par un atavisme fatal… Refoule la bête héréditaire. Souffre si tu veux, laisse-toi souffrir, mais que ton esprit vienne à ton secours. Élève-toi. Ne brise pas la vie devant l’accident. Sois comme le médecin en face de l’artère ouverte, bride-la. Qu’un acte oublié et si vain n’aille pas tout à coup stupidement anéantir nos trente ans de vie profonde, toute notre richesse intérieure, l’allégresse de l’œuvre. Pour dominer une alerte du cœur et de la chair, il ne te faut que le sang-froid de l’intelligence, et un peu de mépris… Oui, du mépris !… Nous sommes d’un autre camp ! Donnons le spectacle de deux hommes qui mettent en pratique leurs propres idées. Qu’il y ait eu une fois cela dans la vie, sur la terre… Comme ce serait beau ! Que ce soit possible ! Devant la douleur faisons le miracle de nous élever au lieu de nous diminuer, de nous