Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/184

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MARCELLE.

Tu souffres, père ?


BOUGUET.

Non ! C’est même curieux comme je souffre peu ! (À Pravielle.) Regardez ! (Il lui désigne du regard sa femme.) On dirait que c’est elle qui a reçu la balle.


MADAME BOUGUET, (qui a entendu, et gravement.)

Peut-être… En plein cœur…


BOUGUET.

Ne sois pas trop sévère, ma chérie. Je ne pouvais agir autrement, je t’assure. (Bas à Pravielle.) Éloignez-les une seconde… J’ai à vous dire quelque chose d’important, maintenant qu’elle m’a vu.


PRAVIELLE, (à Madame Bouguet.)

Chère Madame, il faut me laisser seul avec Bouguet… Je vous en demande pardon, mais l’immobilité, le calme, sont nécessaires. Oubliez un instant que vous êtes l’épouse.


MADAME BOUGUET, (avec une rougeur subite, comme si on l’avait offusquée.)

On oublie difficilement ces choses-là. Monsieur. Viens, Marcelle… Mais votre diagnostic est-il certain, au moins ?…


PRAVIELLE.

Je ne crois à aucune complication et je vais vous rappeler… Je m’excuse, chère Madame, mais il est dans les mains de la Faculté.


MADAME BOUGUET, (tristement.)

Hélas, je sais par expérience que dans la vie le rôle d’épouse ne précède jamais et suit toujours le cortège ! (Vivement.) Marcelle, viens, mon petit.

(Elles sortent en laissant la porte ouverte, pour que Hernert puisse les suivre. Hernert, durant cet aparté, a parlé bas à Bouguet qui sourit.)