Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/204

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par moi… Laurent… ça me paraît une vérité inconcevable… bouleversante… J’entends ta voix qui dit : « Mon vieux, mon vieux… » Tu me regardes et… Pardon ! Pardon !… Bouguet !

(Il éclate en sanglots.)

MADAME BOUGUET.

Heureux encore que vous ne pleuriez pas un crime !


BOUGUET, (très doux.)

Tu vois, Jeanne… Il est dégrisé… alors, il souffre… Il comprend peut-être enfin que je n’ai pas été ce qu’il pensait… Il voit la vérité toute simple… Blondel, je t’aimais beaucoup, je te jure… J’ai cru bien faire. J’ai eu tort, sans doute… mais, depuis, tu aurais dû me croire… et ne pas accumuler l’irréparable… qui ne console pas !…


BLONDEL.

Ah ! ne parle pas avec cette douceur cruelle !… Il ne s’agit plus de faire appel à une raison quelconque ! Tes torts, les miens, tes erreurs et peut-être mes divagations, tout cela ne forme plus qu’un amas de cendre ou de boue… Il n’y a qu’une chose qui compte… une seule qui soit… ce spectacle que j’ai là sous les yeux. Ce que je vois devant moi, sur ce canapé, c’est vingt ans d’amitié, de confiance, de souvenir… (Avec empressement.) Donne-moi ta main, veux-tu ?… Donne !… Donne !


BOUGUET, (lui tend sa main libre.)

Ah ! si tu me l’avais demandée plus tôt, en serrant la tienne, j’aurais refréné cette impulsion d’instinct qui t’a emporté à la dérive !… Blondel, mon vieux, tu vois. Prends mesure sur cette