Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/40

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LE CHAPELAIN, (montant sur la vasque pour se hausser.)

Taisez-vous !… N’avez-vous rien entendu ?…


L’ÉCUYER.

Rien !


LE CHAPELAIN, (soupirant.)

Ah ! mon Dieu !… J’espérais mieux de cet enfant !… Je le croyais à l’abri des passions, quand nous herborisions tous les deux dans les montagnes et que le seul langage licencieux qui le préoccupât était celui que pouvait bien échanger l’alpiste isabelle et la fleur de pavot bleu !… Maintenant, il demande à la vie ce problème impossible de cumuler les jouissances orageuses de la passion avec les agréments d’une existence régulière et ménagée !… Circé me le métamorphose !

(On entend des cris.)

L’ÉCUYER.

Écoute !… Circé change les porcs en hommes, chapelain ! La fable a été mal rapportée !

(Sur la terrasse, on voit déboucher Manuel, le corps demi-nu, drapé d’un manteau, poursuivi à coups d’épée par Nunez.)

NUNEZ.

Tue !… Tue !… Ah ! misérable chien !… Tâte ceci… et ceci ! Mon épée est trop noble encore pour toi !… Meurs sous mon talon ! (On voit Manuel tomber sur la terrasse.) J’écraserai ta face adorée, comme on piétine un crapaud !… Tiens !

(Il lui marche sur le visage.)

LE CHAPELAIN, (d’en bas.)

Mon fils !… Mon fils !…


NUNEZ, (s’acharnant avec sa dague sur le visage de Manuel.)

À coups de dague, je te dépècerai !… Je trace cette croix d’extrême-onction sur ta figure !