Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/173

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si je suis là, rougissante, effarée de ce que j’ose faire, c’est à cause de vous ! Ah ! que je vous hais de cela aussi ! de cette humiliation ! Mais j’ai juré que je vous mettrais au pas, et je tiens parole. Dites, répondez… Que venez-vous faire ici, quelle arme avez-vous dans votre poche ?


GASTON.

Je viens chercher ma sœur ; je viens prendre Diane, et voilà tout…


FANNY.

Allons donc ! Si vous n’aviez que ce dessein, seriez-vous ici à une heure du matin, auriez-vous loué cette chambre ?… De la franchise, au moins…


GASTON.

Je vous certifie que je viens reprendre Diane ; il faut que je voie ce capon qui se cache, et me fuit avec la dernière des bassesses.


FANNY.

Mêlez-vous donc uniquement de ce qui vous regarde, à la fin, vous, le frère ! Votre attitude, votre colère, tout est disproportionné…


GASTON.

Non, Madame, parce qu’il y a en jeu notre honneur… Et il y a aussi ma haine, en effet… Ah je le hais ! Si vous saviez combien !… Il n’a pas seulement déshonoré une fille de famille, il y a les conditions dans lesquelles il a agi… Celles-là sont impardonnables, abominables. Elles relèvent de moi seul, parce que seul, j’en ai été le témoin aveugle. Je le hais… je le hais, parce qu’il était notre ami, mon ami, parce qu’il a reçu mes confidences de jeune homme, parce qu’il me prenait le bras avec douceur et gentillesse… et, derrière moi, il accomplissait son forfait… Il avait