Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



BOUGUET.

Si c’est avec vous. (À Edwige, qui lui fait des signes désolés.) Va, rentre dans la salle.


EDWIGE, (ramasse une écharpe et bas en s’en allant.)

Dites-moi deux mots tout à l’heure, dans la foule, je vous attends, — si, je vous attends !…


BOUGUET, (après une hésitation.)

Va.

(Elle se sauve.)


Scène VI


BOUGUET, HERNERT


BOUGUET.

Monsieur Hernert, précisément je vous cherchais. Je voulais me donner le plaisir très grand (Edwige est sortie. Les deux hommes se serrent la main.) de vous serrer la main. Le permettez-vous ? Je me suis souvent demandé pourquoi vous, l’auteur dramatique glorieux, l’auteur de tant de beaux poèmes, vous aviez tenu à faire ce beau geste et à vous effacer devant un homme si éloigné de vous. Elle ne manque pas de grandeur, cette fraternité des esprits d’élite qui ne se connaissent pas. Mais en quoi ai-je mérité, je ne dirai pas le sacrifice, mais l’honneur que vous m’avez fait ?


HERNERT.

Oh ! c’est une vieille dette, une très vieille dette contractée il y a déjà plusieurs années. Vous dites que nous n’avons point de contact, d’abord c’est faux. Vous savez que mes dernières œuvres sont des essais de philosophie pure ?


BOUGUET.

C’est vrai, et ce sont de nobles œuvres qui date-