Page:Baudelaire - Petits poèmes en prose 1868.djvu/388

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généralement, sauf quelques variantes, chez les esprits artistiques et philosophiques. Mais il y a des tempéraments chez qui cette drogue ne développe qu’une folie tapageuse, une gaieté violente qui ressemble à du vertige, des danses, des sauts, des trépignements, des éclats de rire. Ils ont pour ainsi dire un haschisch tout matériel. Ils sont insupportables aux spiritualistes qui les prennent en grande pitié. Leur vilaine personnalité fait éclat. J’ai vu une fois un magistrat respectable, un homme honorable, comme disent d’eux-mêmes les gens du monde, un de ces hommes dont la gravité artificielle impose toujours, au moment où le haschisch fit invasion en lui, se mettre brusquement à sauter un cancan des plus indécents. Le monstre intérieur et véridique se révélait. Cet homme qui jugeait les actions de ses semblables, ce Togatus avait appris le cancan en cachette.

Ainsi l’on peut affirmer que cette impersonnalité, cet objectivisme dont j’ai parlé et qui n’est que le développement excessif de l’esprit poétique, ne se trouvera jamais dans le haschisch de ces gens-là.




VI


En Égypte, le gouvernement défend la vente et le commerce du haschisch, à l’intérieur du pays du moins. Les malheureux qui ont cette passion viennent chez le