Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/577

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magnifique ambassadeur pousser la dissimulation de son état jusqu’à en imposer même à son pays dans ses dépêches ministérielles, pour augmenter la mésintelligence entre les nations, ou pour accroître sa consistance et préparer son avancement.

C’est pourtant ce qui résulte aujourd’hui de l’examen des prétendus faits touchant le commerce entre la France et l’Amérique, cités dans le Mémoire justificatif du roi d’Angleterre, sur les rapports fautifs du vicomte de Stormont, que je nomme ici sans scrupule, parce qu’il a semblé m’y inviter lui-même, en faisant servir mon nom et mes armements à des accusations de perfidie contre la France.

S’il entrait dans mon plan de traiter le fond de la question qui divise aujourd’hui les deux cours, je n’aurais nul besoin d’établir, par les faits particuliers qui me concernent, que non-seulement nos ministres ont montré plus d’égards qu’ils n’en devaient à l’Angleterre, à la nature des liaisons subsistantes, mais qu’ils sont restés, par complaisance pour la cour de Londres, fort en deçà des droits non disputés de toute puissance indifférente et neutre. C’est par des faits nationaux et connus de l’Europe entière que je ferais évanouir le reproche de perfidie tant de fois appliqué, dans ce Mémoire justificatif, à la conduite de la France ; et je le repousserais si victorieusement sur ses auteurs, que je ne laisserais aucun doute sur la vérité de mon assertion.

En effet, quelle est donc la nation qui prétend aujourd’hui nous souiller du soupçon de perfidie, en réclamant avec tant d’assurance et l’honneur et la foi des traités ? N’est-ce pas cette même nation anglaise, injuste envers nous par système, et dont la morale à notre égard a toujours été renfermée dans cette maxime applaudie mille fois à Londres, dans la bouche du grand politique Chatham : c. Si ■ nous voulions être justes envers la France et — l’Espagne, nous aurions trop à restituer. Les affaiblir "ii les combattre est notre unique loi, la base de tous nos succès, o

N’est-ce pas ce même peuple dont les outrages et les usurpations n’ont jamais eu d’autres bornes que celles de ses pouvoirs ; qui nous a toujours fait la guerre sans la déclarer ; qui, après avoir, en 1734, assassiné M. de Jumonville, officier français, au milieu d’une assemblée convoquée en Canada pour arrêter des conventions de paix et fixer des limites, a, sans aucun objet même apparent, commencé la guerre de 1755, en pleine paix, par la prise inopinée de cinq cents de nos vaisseaux, et l’a terminée, en 1763, par le traité le plus tyrannique et l’abus le plus intolérable des avantages que le sort des armes lui avait donnés sur nous dans cette guerre injuste ?

NV-t-ce pas cette nation usurpatrice pour qui la paix la plus solennellement jurée n’est jamais qu’une trêve accordée à son épuisement, i i dont elle sort toujours par les plus criantes hostilités ; qui, dès 1774, avait souffert que son commandant au Sénégal, le sieur Machemara, fît enlever un vaisseau français du commerce de Nantes, qu’on n’a jamais rendu ; qui, dans l’année 1776, après nous avoir outragés de toute façon dans l’Inde, insulta, sur le Gange, trois vaisseaux framii-. I.i Sainte-Anne, lu Catherine et ï’lle-de-Irance, et fit tirer sur eux à boulets, au passage de Calcutta, bri-a ii"< manœuvres, tua ou blessa nos matelots, et, couronnant l’atrocité par la dérision, leur envoya sur-le-champ des chirurgiens pour panser I"— blessés ? outrage dont tous les commerçants de l’Inde, irrités et consternés, n’ont cessé de demander justice et vengeance au roi de France. N’est-ce pas encore cette même nation qui, toujours fidèle à son système, avait donné l’ordre,


an avant l’ouverture des hostilités, de nous attaquer dans l’Inde à l’improviste, et de nous chasser de toutes ii"— possessions, comme cela est irrévocablement prouvé par la date de l’investissement de Pondichéry, en 1778 ; et qui, imperturbable en son arrogance, ne rougit pas de faire avancer froidement aujourd’hui, par son doucereux écrivain, qu’il est au-dessous tir la dignité de son roi d’examiner les époques ov lis faits se : <nti passés : i’ne si, dans toute querelle, il n’était pas reconnu que le tort est tout entière l’agresseur ! N’est-ce pas cette nation toujours provoquante qui, pendant ce même temps il" paix, s’arrogeant le droit de douane elt’I « isite sur tout l’i icéan, s » faisait un jeu d’essajyer notre patience, en arrêtant, insultant et vexant tous nos vaisseaux il nmerce à la vue de nos côtes mêmes ? N’est-ce pas un marin de cette nation que désigne I « capitaine Marcheguais, il » Bordeaux, arrêté en mars 1777, à cent trente lieues il" la France lorsqu’il déclare qu’on lui a lin— huit ps de canon à boulets, brisé toutes ses manœuvres, et que, même après avoir envoyé quatre hommes « i — » ii second faire visiter ses passe-ports et prouver qu’ils étaient en règle, il n’en a pas moins vu pa<-er sur son bord dix scélérats. u crever ses ballots, bouleverser Imil dans —on navire, le piller, l’emmener prisonnier, et le retenir, lui sixième, à leur bord, tant qu’il leur a plu de lui voir avaler le poison de l’insulte et des plus grossiers outrages ?


N’était-ce pas aussi par des capitaines anglais que, dans ce même temps de paix, plusieurs navires de Bordeaux, entre autres/— Meulan et la Nanci, furent enlevés en sortant du Cap, et les équipages indignement traités, quoiqu’ils fussenl expédiés pour la France, et ne continssent aucunes munitions de guerre ; qu’un capitaine Morin fut arrêté à la pointe des Prêcheurs, ancrage de la Martinique, et conduit à la Dominique, malgré des expéditions en règle pour le cap Français et Saint-