Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/369

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tâmes, le Jay et moi ; il fit arrêter au coin du quai Saint-Paul… Je le vis entrer dans une maison qu’il me dit être celle de madame Goëzman… Il me raconta dans la route la manière dont il avait été reçu… J’instruisis la sœur du sieur de Beaumarchais de tout ce que le Jay m’avait dit ; je vis le soir même le sieur de Beaumarchais, qu’on avait instruit du message du sieur le Jay ; il se prépara à sa visite. »

Dans mon Mémoire à consulter, page 8 :

« Le sieur Dairolles assura ma sœur que madame Goëzman, après avoir serré les cent louis dans son armoire, avait enfin promis l’audience, pour le soir même ; et voici l’instruction qu’il me donna quand il me vit : Présentez-vous ce soir à la porte de M. Goëzman ; on vous dira encore qu’il est sorti : insistez beaucoup ; demandez le laquais de madame ; remettez-lui cette lettre, qui n’est qu’une sommation polie à la dame de vous procurer l’audience, suivant la convention faite entre elle et le Jay. »

Et la lettre était écrite de la main du sieur Dairolles, au nom de le Jay, comme cela est prouvé au procès.

Ajoutons à tout ceci la déposition du sieur Santerre, qui contient qu’après des refus de porte aussi constants qu’ennuyeux, en vertu d’une lettre dont j’étais porteur, et que je remis devant lui au laquais blondin de madame Goëzman, le samedi 3 avril, à neuf heures du soir, nous fûmes introduits cette seule fois chez M. Goëzman. Ajoutons celle de Me Falconet, avocat, qui contient absolument la même chose. Que dit à tout cela M. Goëzman, caché sous le manteau de madame ? De quel front le sieur Caron ose-t-il faire imprimer que, jusqu’au samedi neuf heures du soir, la porte de son rapporteur lui avait été obstinément fermée ? — Du front d’un homme qui n’avance rien qui ne soit bien prouvé au procès. — Si à cette heure, qui était celle du souper, on ne l’eût pas reçu, lui qui était déjà entré le matin, comment aurait-il pu se plaindre ? — Comme un homme à qui l’on n’avait accordé aucune audience le matin, et qui venait de payer celle-ci d’avance, la somme de cent louis. — Cependant, comme il a insisté sur le fondement qu’il n’avait qu’un mémoire manuscrit à remettre. — Pardon, madame, il est prouvé au procès que je suis entré avec une lettre écrite à madame Goëzman, remise à son châtain clair ; et nullement pour remettre un mémoire dont il ne fut pas seulement question. — Mon mari eut la bonté de le recevoir encore ; la visite fut courte sans doute. — Raison de plus, madame, pour être outré de n’en avoir pu obtenir d’autres, surtout quand on les a payées si cher, et qu’elles ont porté aussi peu de fruit. — Il ne demandait qu’à remettre un mémoire. — Au contraire, madame, il n’en existait alors aucun de moi.

Le premier manuscrit indiqué sous le no 4, dans vos pièces justificatives, ne fut fait que d’après l’audience du samedi 3, au soir, pendant la nuit du samedi au dimanche, et vous fut envoyé le dimanche matin avec le précis imprimé de Me Bidault, mon avocat, encore mouillé de la presse ; le tout accompagné d’une lettre polie pour vous, comme je l’ai dit à mon interrogatoire, et comme il est prouvé au procès que le sieur Bertrand me l’avait conseillé de votre part.

Le second manuscrit, sous le no 5 de vos pièces justificatives, n’a été composé que dans la soirée du dimanche 4 avril, sur les observations que M. Goëzman avait faites le matin au sieur de la Châtaigneraie ; ce qui détruira l’imputation qui m’est faite, que je calomnie les magistrats. Je n’ai jamais dit qu’aucun membre du parlement m’eût fait des confidences ; mais j’ai dit, imprimé, consigné au greffe, que M. Goëzman avait lu des lambeaux de son rapport au sieur de la Châtaigneraie, et lui avait même permis de me communiquer ses objections ; ce que ce dernier fit en m’annonçant l’audience promise.

Il reste donc pour constant par les dépositions des témoins, par les interrogatoires des accusés, par les mémoires de tout le monde, par la procédure, par les preuves mêmes de M. Goëzman, que la séance du samedi matin, 3 avril, n’est qu’une chimère ; et c’est ici le lieu de répondre au nouveau plan de défense établi par M. Goëzman dans le supplément de madame.

« Je n’ai été que trois jours rapporteur du procès du sieur de Beaumarchais (vous l’avez été près de cinq) : j’étais donc fort pressé, je ne pouvais donc user mon temps à donner des audiences ; et cependant, sans compter celui que le comte de la Blache a pu me faire perdre, j’ai donné pour le seul Beaumarchais dans ces trois jours, quatre grandes audiences : le vendredi 2 avril, une à Me Falconet, son avocat ; le samedi matin 3, une au sieur de Beaumarchais : le samedi au soir, une autre au même ; et le dimanche 4, une au sieur de la Châtaigneraie, son ami : voilà donc quatre audiences en trois jours. Il est donc clair qu’en donnant de l’argent à ma femme, ce n’était pas des audiences qu’il voulait, mais seulement de me corrompre ou gagner mon suffrage. »

De vous corrompre ! Prænobilis et consultissime Goëzman, on ne joindra pas désormais à vos qualités l’adjectif veracissimus : vous venez de le perdre à jamais ; et j’ai bien peur qu’on n’y substitue même le superlatif contraire.

Que diront tous les baillifs vos ancêtres ? Que diront les princes dont vous n’avez pas été l’envoyé ? Que diront les Pithou, les Mabillon, les Baluze et les du Cange, qui, jusqu’à présent, s’il faut vous en croire, vous auraient avoué pour le digne héritier de leurs talents et de leurs vertus ? Mais que dira surtout le parlement de Paris, qui nous juge