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LE SECRET DE L’ORPHELINE

lettres. Sa main tremblait en décachetant les enveloppes mais, comme elle s’y était attendue, ces premiers messages hâtifs restaient nuls, comme renseignements. Ceux qui suivraient ne manqueraient pas d’être plus conséquents et surtout, la jeune fille gardait la conviction que c’est de Miss Munroe qu’elle obtiendrait le vrai fil conducteur à l’aide duquel ses recherches deviendraient jeu d’enfant.

Maintenant que sa destinée était près de se prononcer, une angoisse affreuse la tenait. Par moments, elle craignait même de devenir folle et, de toute son énergie tendue, elle appelait le moment de la délivrance, quel que fût le visage qu’il dût lui montrer.

Il arriva enfin comme tout arrive. Ce fut d’une lettre que jaillit l’étincelle révélatrice. Elle était partie de Détroit et la suscription en avait été tracée par une main masculine, ferme et décidée. Georgine la lut lentement, jusqu’au bout, jusqu’à la signature qu’elle n’avait pas cherché à déchiffrer avant le reste.

Tout devenait si clair qu’elle demeura un moment, comme hébétée, puis, une rage de désespoir la saisit et courant à son lit, elle se jeta dessus et enfouit sa tête dans les oreillers. Longtemps, elle pleura, sanglota, se mordant les poings et articulant des phrases entrecoupées.

La nuit aurait pu la surprendre dans cette posture si le timbre, tout-à-coup, n’avait retenti par trois fois.

Georgine reconnut l’appel. Ramenée au sentiment de sa responsabilité, elle se leva et vint se pencher sur la balustrade de l’escalier en s’informant de ce qu’on lui voulait.

Avec ses menues nuances, la voix d’Émile Verdon parvint jusqu’à elle.

— C’est ma mère qui s’informait de vous, mademoiselle. Le souper achève et elle s’imaginait que vous pouviez être malade.

— En effet, je suis malade, reprend Georgine qui sait à peine ce qu’elle dit. Mais qu’on ne s’inquiète pas de moi : je n’ai besoin que d’une absolue tranquillité.

Et elle retourne à sa chambre y dévorer en paix son épouvantable chagrin.


III


La stupéfaction de M. Hannett fut à son comble, lorsqu’il ouït les paroles de sa secrétaire et s’il avait pu ouvrir plus grands les yeux, il est certain qu’il l’aurait fait.

Méprisante, Georgine attendait qu’il voulut bien reprendre ses esprits.

— Miss Favreau, s’écria enfin le rédacteur en second, vous dites que vous songez à nous quitter ?

— C’est bien ce que j’ai dit.

Il s’efforça à sourire.

— Vous vous mariez ? demanda-t-il.

— Non, répliqua sèchement Georgine, mais j’ai besoin d’un repos et j’ai résolu de le prendre.

Besoin de repos, cette fraîche jeune fille qui besognait ici sans défaillance depuis plus de trois ans ? Le patron jugea l’excuse douteuse. Mais alors, quel pouvait être le mobile de cette absurde décision qu’elle annonçait d’un air furieux ? Avec le salaire qu’on lui servait et portée sur la main… M. Hannett flaira un mystère et, de tout cela, il se sentit marri autant que faire se pouvait.

— Cela coûte cher se reposer, émit-il, lorsqu’on paye pension et qu’on ne gagne plus rien.

Piquée, Georgine lui nomma Mme Favreau et sans trop mesurer ses paroles, elle lui apprit sur le champ que le plus grand bonheur de cette femme serait sans doute de la prendre chez elle.

— Ah ! bien, fit-il.

Brusquement, il sortit, mais pour reparaître aussitôt. Il fourragea dans ses papiers, fit quelques pas autour de la pièce et, finalement, revint se planter vis-à-vis de la jeune fille.

— Miss Favreau, demanda-t-il, nous continuerez-vous vos chroniques ?

Georgine entendit avec peine cette petite phrase et elle battit un moment des paupières avant de répondre :

— J’abandonne tout.

Il essaya d’obtenir qu’elle continuât au moins ce travail littéraire. Ce n’était qu’un amusement écrire ce petit bout de prose, une fois la semaine. Faverol était déjà connue et aimée.

Évidemment troublée, la jeune fille ne s’en montra pas moins décidée à fond.

M. Hannett eut alors un geste nerveux.

— Je regrette, avoua-t-il. Et laissez-moi croire que vous-même, vous vous repentirez, un jour, mais il sera peut-être trop tard. N’étiez-vous pas bien, ici ?

— Je crois, dit Georgine, vous avoir prouvé ma satisfaction puisque voilà près de quatre ans que je suis au journal.

Mais alors ?… M. Hannett recommença d’ouvrir de grands yeux. Qu’y avait-il donc