Page:Beauregard - Le secret de l'orpheline, 1928.djvu/56

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IjA vie canadienne

LETTRE

Sans doute vous rirez de ma pauvre missive Qui s’envole vers vous, effrayée et craintive, Ainsi qu’un papillon, effleurant chaque fleur, Qui n’ose se poser, comme s’il avait peur. Riez si vous voulez, mon angoisse est trop forte, 11 me faut malgré tout frapper à votre porte Et vous dire tout bas, d’un regard inquiet, Que je vous aime.... Enfin, c’est là tout mon secret. Répondrez-vous jamais à ma tendre prière ? Je veux de votre bouche un mot divin : espère. . . . Ah ! que je recevrais ce mot avec bonheur ; Qu’il réjouirait ma vie et calmerait mon coeur ! Mais voyons, je suis fou, je suis pris de démence. Pourquoi donc me forger cette vaine espérance ? Peut-être que vos yeux se sont fixés sur moi Par pure fantaisie et sans savoir pourquoi, Et que vous n’avez pas compris cette folie, Dont je faisais mon rêve en ma mélancolie, De toujours savourer cet regard caressant Que vous possédez seule **î qui me trouble tant. Ainsi j’aurais passé près de vous sur la terre Comme passe le vent, sans même vous distraire.... C’est impossible, allons, je vais toujours douter Tant que vous ne direz la triste vérité. Et j’irais jusqu’à croire en ce petit caprice De vos yeux si charmants, si exempts de malice, Et si pleins de candeur qu’ils me jouaient un tour Et que ce n’était pas vraiment un peu d’amour. Ah ! Non, je ne puis croire à ce troublant problème, A le résoudre, en vain mon front deviendrait blême Et mon âme et mon coeur seraient tout déroutés Car ils avaient rêvé des choses. . . Ecoutez. . . Je fis un rêve, un jour, que je gardai secret Comme un trésor qu’on cache à des yeux indiscrets. C’était un rêve pur, tout rempli d’espérance, Pour plus de sûreté j’avais mis la souffrance En un sombre cachot, scellé d’un sceau d’airain Car tout y devait être idéal et serein. Je rêvais un foyer où la voix d’une femme Murmurait, caressante et semblable à la flamme Qui pétille dans l’âtre et nous fait oublier Ce que le sort parfois semble nous dédier. Je rêvais qu’une femme, épouse séduisante, Me disait le secret de sa flamme innocente. Je rêvais que, vos bras m’enlaçant doucement,