Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/38

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Il se félicitait, en tout cas, de la bonne chance qui l’avait fait tomber sur un ami tel que celui-là — le P. Jervis, oui, c’était bien ce nom-là ! — sur un ami qui savait tout à son sujet, et dont la discrétion, sûrement, lui était acquise. Le parti le plus sage, tout compte fait, était d’attendre tranquillement les instructions du P. Jervis, et de se laisser entièrement diriger par lui. Sans doute la mémoire abolie ne tarderait pas à revenir. Mais combien curieuse était cette impression qu’il avait eue au sujet de Hyde-Park et de Westminster ! Il aurait juré que l’Angleterre était un pays protestant, et que les catholiques ne constituaient qu’un tout petit fragment de sa population. La cathédrale de Westminster, d’ailleurs, n’avait-elle pas été construite tout récemment ? Mais, d’autre part, voici que l’on était en 1973… et… et il ne pouvait pas se rappeler en quelle année la cathédrale avait été construite ! Puis, de nouveau, l’égarement et l’angoisse s’emparèrent de lui. Il saisit ses genoux, de ses mains crispées, dans une véritable agonie de consternation. Bien sûr, il allait devenir fou, s’il continuait ainsi à ne se rien rappeler : ou plutôt… Ah ! voici enfin le P. Jervis de retour !

Les deux hommes restèrent un moment silencieux, pendant que la voiture se remettait en marche.

— Dites-moi ! fit soudain le vieux prêtre. Ne vous rappelez-vous pas des visages, — ou encore des noms, — d’hommes que vous ayez connus ?