Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/147

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temps exprimant nos doutes, nos angoisses, notre inextinguible appétit de lumière et de joie, et l’hymne à la Beauté qui, vainement étouffée et comprimée, s’échappe irrésistiblement de nos âmes. »


Qui donc parlait de ce style grandiloquent, à la large ondulation rythmique analogue à celle de la mer montante, aux phrases comparables à ses longues vagues balancées par le vent du large ? Un romantique assurément, et impossible de s’y méprendre. Il disait encore, car je la sais par cœur, cette préface inoubliable :


« Quelles douloureuses et adorables scènes d’amour dans ces forêts où ils s’enfuient ensemble, aux bords de ces flots grondants et sous ces noires ombres, et à travers les frissonnants paysages où les suivent des malédictions qu’ils entendent sans vouloir les comprendre. Ces scènes, coupées par des refrains insultants, par des hymnes désolés, par les plaintes des exilés, par les chansons de ceux qui s’en vont à la mort, ces scènes ardentes, extasiées, lyriques et symétriques parfois, où le mot, avec sa force virtuelle et tous ses artifices, se mêle, se tresse et se retourne en cent façons pour exprimer l’inexprimable, où la magicienne Rime se fait couleur, musique, lumière, caresse, pour éveiller les plus amères, les plus profondes, les plus délicieuses sensations, je n’en sais pas dans aucun théâtre qui soient plus complètes et plus belles.

« C’est pourquoi cette œuvre enchantera les délicats, les penseurs, les chercheurs, les femmes dont l’instinct ne peut être perverti, et tous les artistes,