Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/200

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la France était une mesure asinesque et indigne d’une république athénienne, oui, certes, j’en étais, et du droit qu’on a de ne pas être bête en démocratie. J’avais combattu cette loi du 22 juin 1880 dans les feuilles où je chroniquais et, mon Machiavel au poing, clamé la vieille maxime politique à savoir : qu’il n’est tel que d’avoir ses ennemis sous la main pour les tenir à l’œil et en respect. Je me trompe, elle est de La Palice.

Petit-fils de ce Lucien qui, seul des enfants de Lætitia n’avait jamais régné, et nulle part, Roland Bonaparte n’en avait pas moins été atteint à contrecoup, par la « loi de frousse ». Saint-Cyrien à l’époque, entraîné par vocation vers la vie militaire, il s’en était vu fermer les voies et la carrière, et il se trouvait virtuellement rayé des cadres d’une armée où son nom ne manquait pas cependant de quelque prestige, ce semble. Telle est la logique de l’ostracisme, ses coquilles sont des coquilles d’huîtres.

Le jeune prince avait donc quitté Saint-Cyr, emmenant avec lui Vincent Bonnaud qui était l’économe de l’École, et il s’était docilement empékiné pour ne pas effrayer Marianne. Élevé, d’ailleurs, par une mère de haute intelligence et d’une énergie peu commune il s’était, sous son influence, adonné aux sciences naturelles, notamment à l’ethnographie, la plus passionnante de toutes, qu’il approfondissait par des voyages d’études, et où il était déjà de première force. Il y trouvait en outre le liniment d’une grande douleur, ayant perdu, au bout d’un an de mariage, une femme aimante et aimée, qui lui avait apporté en dot l’une des plus grosses fortunes de l’Europe. Rien de plus difficile, sans qu’on s’en doute, que l’emploi digne et intelligent des revenus pléthoriques qui sem-