Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/201

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blent défier l’imagination même de la munificence. Comme il y a une urbanité, il y a un art du million dont les Montyons et les Petits Manteaux bleus légendaires n’enseignent pas toute la pratique, et loin de là. Que de preuves n’en avons-nous pas eues, grotesques ou scandaleuses, dans le Paris moderne, vaste cuve d’or en ébullition, et quel Balzac écrira le manuel du millionnaire !

Oh ! pas moi ! Au temps où les monographies, genre perdu et charmant, étaient encore à la mode, j’aurais peut-être pu en essayer une du type d’après le modèle aimable avec lequel j’ai couru la Corse en zigzag, comme les écoliers de Topffer la Suisse.

Il est certain que du haut de son mirliton d’airain le terrible chef de la dynastie césarienne, qui ne badinait pas avec l’étiquette, devait un peu loucher à notre petite caravane, composée des touristes les plus disparates, et menée en deux vieilles calèches ajacciennes, à tout le moins contemporaines du cardinal Fesch. Je ne sais pas dans quel musée de démolitions le piqueur du prince, Pascal Sinibaldi, corsicain lui-même, avait déniché ces carrosses d’évêque en tournée de confirmation, brimbalant et sonnant la crécelle, ni les quatre haridelles squelettiformes dont un équarrisseur génial les avait attelés, mais ce que je sais c’est que dans ces équipages royaux, le roi soleil traînant sa cour à Marly, nous apparaissait misérable, tant nous portions en nous cette joie qui dore les choses et métamorphose les êtres.

Comme il faut toujours songer que l’Histoire vous regarde, Vincent Bonnaud avait mobilisé un photographe dont la fonction était de fixer nos attitudes romantiques ou naturalistes devant les beaux spec-