Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/213

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Ce n’est même plus pourtant « le mur derrière lequel il se passe quelque chose » ; c’est l’emplacement bâti, et par conséquent masqué, du lieu où naquit l’homme.

Eh bien, c’est très émouvant !

C’est une grande maison de province, carrée, à trois étages, surmontée d’un petit belvédère en forme de lanterne. Aucun ornement ne la signale à l’attention de l’artiste ; l’aspect en est banal et ennuyeux.

Au-dessus de la petite porte d’entrée, une plaque commémorative en marbre noir donne la date de la naissance de Napoléon, 15 août 1769, et c’est tout. Encore est-elle toute récente et posée probablement par les soins de l’impératrice Eugénie, à qui l’immeuble appartient.

L’ancien jardin de l’habitation, enclos aujourd’hui d’une grille, est devenu un square, dont les visiteurs pieux effeuillent les arbustes et les plantes avec une conviction toute britannique.

Quant aux Ajacciens, sont-ils blasés ? Je l’ignore, mais ils m’ont paru assez peu attentifs au culte qu’on rend en ce lieu à la mémoire d’une famille extraordinaire de leur ville.

En septembre 1887, l’habitacle natal et patrimonial du plus grand homme de l’âge moderne est loué à une famille anglaise. Vous avez bien lu : loué ! Cette famille occupe le premier étage de la « casa Bonaparte », et nous dûmes déranger de jeunes miss, en train de coudre, pour la visiter, tandis que le prince Roland montait à l’étage supérieur rendre ses devoirs à sa tante la princesse Marianne, autre locataire, de l’impératrice Eugénie.

Oh ! cette demeure quasi sacrée, exploitée comme