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Page:Bergerat - Théophile Gautier, 1879, 2e éd.djvu/322

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THÉOPHILE GAUTIER.

pas aussi drôle que l’on aurait pu le croire d’abord. Ma pauvre Ninette-Ninon Cidalise est très-malade, très-malade et j’en suis très-affligé, car j’ai eu beaucoup de plaisir avec elle, et je crains fort de ne plus en avoir, au contraire. Envoie-moi quelques pots de couleur locale, je ferai des nouvelles algériennes et turques pour la Chronique, et ce sera bouffon, des choses domestiques et familières, tu m’obligerais beaucoup. Si tu veux, en revanche, je t’enverrai des descriptions de la rue Saint-Honoré et de la place Maubert. As-tu la foire, ô grand homme[1] ?

Tout à toi, à bientôt.
Théophile Gautier.
  1. 1. Cette curieuse lettre est d’environ 1835 ; elle a été envoyée à Eugène de Nully, en Afrique, et c’est M. Prosper de Nully qui la possède. À la vérité, je n’ai pu la donner intégralement et telle qu’elle est écrite, car la liberté de rédaction en est de celles que les pruderies françaises ne supportent point. Au point de vue biographique, elle offre un grand intérêt, et elle fera monter en vente publique les exemplaires, s’il en reste, de ce petit journal Ariel, auquel Théophile Gautier nous apprend qu’il a collaboré. On remarquera aussi ce cri charmant et qui le peint tout entier : « Envoie-moi quelques pots de couleur locale ! » Quant au ton qui règne dans cette lettre, et que j’ai été contraint d’adoucir, je l’avoue, il ne faut pas oublier que mon maître avait vingt-quatre ans quand il l’écrivit, qu’il l’adressait à un ami intime, comme lui romantique à tous crins et habitué au parler salé des ateliers de l’époque. Du reste, elle n’était point destinée à la publicité, il est inutile de le faire remarquer. Théophile Gautier a écrit deux ou trois lettres libres dans sa vie, plutôt pour exercer la verve rabelaisienne qui était en lui et s’amuser à l’emploi de mots tombés en désuétude, que pour les raisons vulgaires que l’on supposerait. Il maniait la langue des vieux conteurs gaulois avec une éloquence prodigieuse. L’une