Page:Bergson - L’Énergie spirituelle.djvu/198

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sans une « préperception », comme disait Lewes[1], c’est-à-dire sans une représentation qui soit tantôt une image anticipée, tantôt quelque chose de plus abstrait, — une hypothèse relative à la signification de ce qu’on va percevoir et à la relation probable de cette perception avec certains éléments de l’expérience passée. On a discuté sur le sens véritable des oscillations de l’attention. Les uns attribuent au phénomène une origine centrale, les autres une origine périphérique. Mais, même si l’on n’accepte pas la première thèse, il semble bien qu’il faille en retenir quelque chose, et admettre que l’attention ne va pas sans une certaine projection excentrique d’images qui descendent vers la perception. On s’expliquerait ainsi l’effet de l’attention, qui est soit d’intensifier l’image, comme le soutiennent certains auteurs, soit au moins de la rendre plus claire et plus distincte. Comprendrait-on l’enrichissement graduel de la perception par l’attention si la perception brute était autre chose ici qu’un simple moyen de suggestion, un appel, lancé surtout à la mémoire ? La perception brute de certaines parties suggère une représentation schématique de l’ensemble et, par là, des relations des parties entre elles. Développant ce schéma en images-souvenirs, nous cherchons à faire coïncider ces images-souvenirs avec les images perçues. Si nous n’y arrivons pas, c’est à une autre représentation schématique que nous nous transportons. Et toujours la partie positive, utile, de ce travail consiste à marcher du schéma à l’image perçue.

L’effort intellectuel pour interpréter, comprendre, faire

  1. Lewes, Problems of Lie and Mind. Londres, 1879, t. III, p. 106.