Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/103

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« Oui, oui ! je monterai à cheval du matin au soir ! J’emmènerai mes deux maurétaniens, Amour et Diomède !

– C’est absurde, dit Cécilius, de vouloir passer l’été dans cet enfer !… Birzil, tu n’es pas raisonnable. Tu n’es jamais raisonnable… Tu as des caprices tout à fait déconcertants, des lubies qu’on ne s’explique point… »

Il hésita un instant, puis, avec un accent de reproche tempéré de tendresse :

« Ainsi, pourquoi n’as-tu pas voulu voir Cyprien, mon ami ?

– Tu sais bien que je n’aime pas les chrétiens. »

Et, se blottissant la tête entre les coussins :

« A toi je te pardonne de l’être, parce que tu es très bon… Et puis parce que tu comprends beaucoup de choses…

– Lélia ! gronda Cécilius.

– Non, je ne suis pas Lélia ! Je suis Birzil !

– Tu es trop grande pour que l’on continue à te donner ce surnom enfantin…

– Enfantin, si tu veux, c’est un nom africain. Je suis une Africaine, moi, je ne veux pas être Romaine !

– Tu l’es par tes parents !

– Non, l’Afrique est mon pays ! Je l’aime, l’Afrique !… Tu la connais, toi qui as voyagé !… Oh ! tu voyageras encore ! tu m’emmèneras… ou plutôt non, je voyagerai avec mon mari… mon mari ?.. un conducteur de caravanes, un cavalier gétule ! C’est la vie, cela !

– Mais tu es folle, ma pauvre enfant !… Tes livres, ou Thadir, t’ont dérangé l’esprit.

– Non, non ! Je rêve du désert !… Je veux voir les oasis, les dunes… la fontaine d’Ammon !… Tu l’as vue, toi, cette fontaine merveilleuse, qui jaillit au milieu des sables ?…

– Oui, dit Cécilius, en allant à Alexandrie par Leptis et la Cyrénaïque.

– Et c’est vrai, n’est-ce pas, qu’elle bout, pendant la