Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/19

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— Oh ! moi, je ne fais pas tant de mystère pour dire mon nom… Je m’appelle Salloum ! Quoique né Maltais, je suis citoyen de Thuburnica et j’ai du bien au soleil. »

Alors, le jeune soldat, qui suivait attentivement ce dialogue, se pencha vers Mâtha toujours en arrêt devant le beau cheval maurétanien. Il murmura :

« Qui est-ce, le maître ? C’est un des nôtres, n’est-ce pas ? »

Mâtha, d’un battement de paupières, fit signe que oui, puis, profitant d’un moment où nul ne les regardait, il ajouta, très vite :

« C’est Cyprien, l’évêque !

— Cyprien, l’évêque de Carthage ? »

De nouveau, les paupières de Mâtha battirent, tandis que le visage brun du jeune légionnaire s’illuminait tout entier. Cependant, le chef des muletiers perdait complètement patience :

« Les maîtres ont dû s’égarer ! dit-il rudement. Qui veut aller à leur recherche ?

— Moi ! » dit le soldat imberbe, comme pris d’un enthousiasme subit.

Et il s’élança sur son cheval.

« Je t’accompagne ! » dit le maigre Delphin, d’un ton bref et soupçonneux.


Le cavalier, pour repasser le lit de la rivière, avait mis son cheval au galop. Mais, comme la montée de la route était raide, il dut bientôt ralentir et prendre le pas. Le cubiculaire le rejoignit à mi-côte.

« Dépêche-toi ! lui cria le soldat : moi, j’ai hâte de voir l’évêque Cyprien.

— Cyprien ?… qui t’a dit ? fit Delphin, la figure de plus en plus brouillée de bile… C’est Mâtha sans doute !… Il aurait mieux fait de se taire, celui-là ! Toujours le même !… C’est lui qui nous a attiré ce cabaretier maudit, sans compter ce renégat de Saturninus… Enfin, ce n’est que demi-mal, puisque tu es chrétien, toi aussi… Oh ! ne dis pas non ! Je t’ai vu faire le signe… »