Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/191

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– Tu as raison peut-être ; mais je suis certain que Sidifann, qui est très riche, possède une maison au Village Rouge, où il vient passer la saison chaude !… Cela, je te le jure sur les mânes de mon père !

– Et tu pourrais l’indiquer, cette maison ? interrogea Victor, toujours officiel et sévère.

– Informe-toi au Village Rouge ; le premier enfant venu t’y conduira !

– Bien ! dit Victor, j’ai un message à remettre à Sidifann. »

Soudainement apaisé, il renvoya le muletier auprès de ses hommes. C’était une chance inattendue ! Tout joyeux de la rencontre, Cécilius et l’option se retirèrent à l’écart pour conférer.

– Je m’en doutais ! s’exclama aussitôt Victor ; le vieux bandit a fait partir ses femmes avant de se rendre à la chasse. Il a dû soupçonner quelque chose ! »

Cependant Cécilius, à mesure qu’il réfléchissait, concevait des doutes. Il n’osait pas croire à tant de bonheur.

« Comment, dit-il, Sidifann se serait-il douté ? Qui l’aurait averti ?… Toi-même, jusqu’à notre départ de Lambèse, tu ignorais ce projet d’expédition !

– Oh ! dit Victor, tout se sait dans le Sud ! Il y a des yeux et des oreilles partout, — derrière un tas de sable, une touffue d’absinthe, un pauvre caroubier rabougri, un buisson épineux ; c’est pourquoi il faut prendre garde. Tu réponds du muletier, c’est bien ; mais les nomades qui sont avec lui pourraient nous trahir… »

Enfin, après bien des discussions, on arrêta tout un plan. Sous prétexte de leur prêter main-forte, on encadrerait solidement Pastor et ses hommes jusqu’au Village Rouge et on ne les lâcherait qu’après avoir vérifié les allégations du voiturier. Ensuite on irait s’installer au fortin du Calcéus :

« Du fort au village, il n’y a qu’un pas, dit Victor. J’irai, j’examinerai la maison et ses entours. Je verrai