Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/196

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turier héroïque, son air de noblesse et de commandement. Puis, quelques jours après, elle l’avait vu rentrant d’une expédition dans les oasis voisines : il avait ôté son manteau, déposé sa haute coiffure, et, ainsi dépouillé de ses ornements, il était apparu tel qu’un vieil oiseau de proie, un vautour chauve, avec son crâne bleuâtre et rasé de près. Sortie de ses voiles immaculés et privés de sa couronne, sa figure aux traits féroces et sournois était celle d’un voleur de grands chemins. D’un geste violent, sa main avait jeté contre le poteau de la tente un sabre court, encore humide de sang frais. Cette main avait épouvanté Birzil. Elle la voyait toujours, cette main brune, rapace, qui avait volé, égorgé, coupé des têtes, cette main mal essuyée de la tuerie, avec ses tendons saillants, ses ongles durs, ses veines grosses comme des cordes, sa peau luisante, tannée et recuite par le soleil, et preste, dangereuse, meurtrière, furetant dans le butin, éventrant les sacs, comme une petite bête sauvage qui vit dans les trous, habile à fouir la terre, à percer, à déchirer, à saigner… Birzil, qui n’avait pas oublié la scène du marché, en conçut plus de répugnance et de haine pour Sidifann.

Les autres habitants de la tente, les femmes surtout, excitaient en elle une semblable aversion. Les épouses en titre, qui vivaient dans une oisiveté absolue, l’indignaient par leur paresse, leur stupidité. Parmi elles, il y avait une favorite, une demi-négresse, nommée Siddina, dont on ne parlait qu’avec tremblement. Inaccessible comme une idole, elle ne se laissait apercevoir qu’à la dérobée, derrière une tenture somptueuse, vautrée ou accroupie sur des coussins, dans une attitude hiératique, ayant sur la tête une sorte de diadème en cristal de roche grossièrement taillé, qui fixait à son front un voile transparent. Une gourmette formée de plaques métalliques faisait le tour de ses joues, et, quand elle bougeait, des bracelets sonnaient autour de ses bras et de ses jambes, de lourds anneaux pareils à des entraves, tout hérissés