Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/198

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mitif des bâtisses du Sud. Mais, sous le grand soleil du désert, ses blocs de boue solidifiée resplendissaient comme des murailles de cuivre vermeil, et les détritus de menue paille qu’on y avait mêlés luisaient dans la pâte rugueuse comme des pépites d’or. Sans nul ornement ni commodité d’aucune sorte, ce logis quadrangulaire, qui s’ordonnait autour d’une cour carrée, n’offrait d’autre avantage que d’être assez spacieux. Les épouses en occupaient tout un côté, tandis que les jeunes filles étaient logées dans l’aile du fond, la partie la plus secrète de l’habitation. Birzil trouva là, pour compagnes, trois adolescentes Gétules à la peau dorée et transparente comme celle des dattes, tatouées d’une étoile bleuâtre sur le front, les pommettes, le menton et les deux seins. Il y avait aussi deux Grecques de Cyrène, qui d’abord attirèrent Birzil, parce qu’elle pouvait converser avec elles dans leur langue. Mais elle ne tarda pas à s’apercevoir que les étrangères sortaient de la plus basse plèbe. Prématurément corrompues et vicieuses, elles étaient aussi très rusées. La jeune fille, qui les sentait jalouses d’elle, finit par les redouter plus que les trois barbares. Avec celles-ci, elle échangeait quelques mots de libyque, que lui avait appris Thadir. Et les Gétules, habituées au mépris, lui en avaient comme une reconnaissance. Tout ce monde féminin vivait sous la haute autorité de la vénérable Nabira, la mère de Sidifann, vieille femme au visage ascétique, illuminé par de superbes yeux noirs aux paupières peintes, et encadré de larges bandeaux toujours teints, comme au temps de sa jeunesse. Sous ses voiles de byssus, elle avait très grand air, et, quand elle distribuait la laine aux servantes, elle faisait voir de belles mains effilées, alourdies de bagues précieuses.

Toutes ces filles étalaient une telle puérilité que Birzil finit par prendre conscience et par avoir honte de son propre enfantillage. Elles ne savaient que se parer, se peigner, se teindre les cheveux. Elles enviaient à la nouvelle venue la couleur extraordinaire de sa chevelure,