Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/208

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lever sans bruit, pendant la sieste, en escaladant la terrasse, à l’aide d’une corde à nœuds. Pendant ce temps les Asturiens de sa cohorte, divisés par petits groupes, de manière à ne pas attirer l’attention, bloqueraient les entours du logis de Sidifann, les berges de l’oued et toutes les ouvertures de la palmeraie.

Birzil ne dormit pas cette nuit-là, tant elle était inquiète des réprimandes de la vieille Nabira qui l’avait gourmandée avec une rudesse inaccoutumée : « Que fais-tu si longtemps au jardin ? Ce n’est pas naturel. Et puis, c’est mauvais pour toi ! Tu rentres tout enfiévrée !… » Le lendemain, à l’heure dite, elle put heureusement profiter d’une minute où toutes les femmes s’émerveillaient devant les bijoux envoyés par Sidifann, pour se glisser sous les ombrages de la terrasse.

Elle se pencha vers le ravin. Victor était en bas, toujours travesti en berger et dissimulé par un laurier-rose qui trempait dans le lit de la rivière. Il lui semblait à une distance infinie. Pourtant, elle faillit être renversée par le paquet de cordes qu’il lui lança. Alors tout se déroula pour elle comme dans un rêve, avec cette rapidité et cette facilité étranges qui précipitent les événements dans les hallucinations nocturnes.

Suivant les prescriptions du soldat, elle noua la corde au tronc du figuier. Puis elle le vit monter le long de la dune, lutter pour franchir une passe difficile, une saillie du calcaire, où il s’écorcha les mains contre la roche. Enfin son visage émergea, il enjamba d’un bond le parapet de la terrasse. Birzil, fermant les yeux, se sentit saisir :

« Suspends-toi à mes épaules ! » lui souffla le soldat…

Et ce fut la descente vertigineuse, la perception angoissante du passage dangereux. Elle ne rouvrit les yeux qu’en touchant le sol, où elle trébucha et se laissa tomber. Victor était là devant elle, épuisé par l’horrible effort. Ses côtes palpitantes se soulevaient sous sa tunique de berger. Il regardait Birzil comme extasié. Elle, sentant que ses babouches avaient glissé, par un mouvement ins-