Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/26

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salua légèrement de la main, avec un sourire paternel. Puis, instantanément, ses traits se figèrent. Des pensées graves et douloureuses sans doute l’obsédaient. Respectant sa méditation, ses deux compagnons s’étaient replacés à ses côtés. Habituellement taciturne, Célérinus, le secrétaire, n’avait pas de peine à garder le silence. Physionomie ingrate de fonctionnaire, aux yeux flétris et continuellement baissés, il paraissait indifférent à tout, même à sa tâche, qu’il accomplissait néanmoins en conscience. Au contraire, le diacre Pontius, d’un naturel pétulant et communicatif, bridait difficilement sa langue. Avec sa mine naïve, ses yeux à fleur de tête, ses narines trop ouvertes dans une figure trop rose, il était le type du famulus, toujours empressé, toujours prêt à faire écho à la parole ou à la pensée du maître. Le voyant anxieux, il ne put se contenir plus longtemps :

« Mon bon seigneur, dit-il, pourquoi te tourmenter ? Nous arriverons au jour convenu. Tu présideras le concile pour les ides de mai. Et, tu verras, nous célébrerons joyeusement la Pentecôte à Cirta… »

Cyprien, perdu dans sa songerie, prononça d’une voix lointaine :

« Si encore il n’y avait que ce concile ! Mais il y a bien autre chose… »

Sa tête retomba sur sa poitrine, puis il ajouta :

« Que Dieu m’épargne cette douleur ! »

Et il ne dit plus rien jusqu’au moment où il fallut franchir la rivière.

Le convoi n’était plus sur l’autre berge. Dès l’arrivée de Delphin, Jader avait donné le signal du départ et l’on s’était mis à la recherche d’un endroit propice pour camper et passer la nuit.

Toujours escortés par Victor, le légionnaire, qui trottait à distance, et ses compagnons, une fois sortis du lit torrentueux, regagnèrent la route, dont les lacets escaladaient, par de fortes rampes, les hauteurs opposées. On montait vers des plateaux étagés, couverts