Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/275

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« Mon Dieu, aie pitié de moi !… Seigneur, je te rends grâces ! »

Et, ses yeux dolents fixés de nouveau sur Rufus :

« Nous n’avons pas commis d’homicides ni de fraudes. Nous sommes des innocents ! »

Exaspéré, le préfet ordonna aux tortionnaires de redoubler leur jeu, d’appuyer davantage sur leurs sinistres engins. Bientôt le ventre du supplicié ne fut plus qu’une plaie. Des lambeaux de chair se rabattaient sur ses cuisses, le sang l’inondait, coulait jusqu’à terre, en ruisseaux. Les yeux vitreux, dans l’anesthésie de l’extase, il ne faisait que murmurer, d’une voix douce comme une caresse :

« O Christ, je te loue !… A toi mes louanges ! »

Puis, sur une morsure plus pénétrante, plus aiguë :

« Mon Dieu, je te rends grâces !… Je ne suffis pas à te rendre grâces ! »

Maintenant, les entrailles de la victime étaient à nu. Les spectateurs hurlaient, trépignaient d’aise. Des femmes s’évanouissaient… Tout à coup, un cri formidable, terrible, traversa toute la basilique :

« Moi aussi je suis chrétien !… Suspendez-moi ! »

C’était Cécilius qui, à la dérobée, était rentré dans la basilique par la porte principale, et qui, se glissant à travers la foule, était parvenu, sans se faire remarquer, jusqu’aux premiers rangs de l’assistance, tellement l’attention passionnée du public était prise par cette scène de torture. L’abominable spectacle l’avait soulevé de colère et de dégoût. Il répéta, d’une voix éperdue :

« Moi aussi !… Qu’on me suspende ! »

Ses voisins, se jetant sur lui, voulurent le bâillonner. Des gens crièrent :

« Il est fou !

– Tais-toi ! On ne te croit pas ! »

Au milieu du tapage, le préfet avait donné l’ordre de détacher Marien évanoui. On l’emportait tout saignant à la prison, tandis que des soldats de police saisissant Cé-