Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/37

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de somme, bordée de chaque côté par des tavernes, des boucheries et beaucoup d’étalages en plein vent. Le caravansérail de Goudoul se trouvait tout de suite à gauche, appuyé à l’une des piles de la porte. La cour intérieure, avec ses arcades superposées, était presque entièrement couverte par une vigne grimpante, dont les jeunes pousses retombaient en guirlandes jusque sur la margelle des citernes et des abreuvoirs, qui en occupaient le milieu. Bêtes et gens emplissaient cette cour d’un va-et-vient continu : car les animaux devaient la traverser pour pénétrer dans les écuries aménagées sous les arcades du fond. Dans un coin, des chameaux, les jambes repliées sous leur ventre, ruminaient, en tournant leurs longs cols avec un air de majesté offensée et faisant claquer leurs babines sur leurs gencives fortement endentées. Près des citernes, des charmeurs de serpents, venus des oasis les plus prochaines, avaient attiré un grand concours de curieux. Et cela fit que Cyprien et son escorte entrèrent presque inaperçus dans l’auberge.

Cependant Goudoul, le maître du logis, accouru au-devant de son hôte, déclara n’avoir reçu aucun messager de Cirta. Ce fut, pour l’évêque, un cruel désappointement, car il avait donné à son ami Cécilius Natalis les plus minutieuses précisions sur la date de son passage à Thubursicum. On allait perdre une journée, peut-être davantage, à attendre sa lettre ! D’ailleurs, pourquoi ce retard, et qu’était-il arrivé ?… Cyprien, inquiet et préoccupé, dormit mal dans la belle chambre qu’on lui avait préparée.

La journée du lendemain fut longue à passer pour tous. Cyprien n’osait pas trop sortir, dans la crainte de provoquer des commentaires. Un étranger de son allure et de sa condition ne pouvait guère échapper à la curiosité publique. Alors, pour patienter jusqu’à l’arrivée du messager, il manda son secrétaire Célérinus et se mit à lui dicter une note sur le baptême des hérétiques, qu’il comptait lire, pendant le concile, à ses collègues de Numidie. Désœuvrés, les muletiers et les serviteurs flânaient