Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/67

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à se réunir en ce lieu deux fois par mois, le deuxième jour avant les nones et le treizième avant les calendes, mais seulement pour vendre et pour acheter, en s’abstenant de tout acte illégal et de toute violence contre les personnes ».

Les dernières lignes de l’inscription trahissaient les arrière-pensées du gouvernement, qui redoutait toujours les réunions nombreuses, comme des foyers d’intrigues et d’agitation politique. C’est pourquoi l’autorité avait fait placarder cet avis à l’endroit le plus apparent du marché.

Ceux des évêques qui le déchiffraient et qui n’ignoraient point ce que leur réunion projetée avait d’illégal, se sentaient tenus à plus de prudence. Tacitement, ils s’étaient donné rendez-vous dans cette enceinte bruyante, où les marchandises exposées, les disputes, les rixes accaparaient toutes les attentions. Ils se reconnaissaient de loin, se saluaient, en évitant, autant que possible, les conciliabules trop prolongés. Quelques-unes de leurs ouailles étaient là. Entre chrétiens, on se signalait, parmi ces pieux personnages, les plus célèbres, ceux qui passaient pour les plus riches ou qui avaient souffert pour la foi : Novatus, de Thamugadi, Januarius, de Lambèse, Lucius, de Théveste… Certains d’entre eux étaient de vrais paysans aux mains calleuses, polies par le pressoir et par le manche de la charrue. Ils s’appuyaient sur de forts bâtons noueux, en bois de frêne ou d’olivier, sculptés naïvement et peints de couleurs barbares, et leur peau hâlée et luisante tranchait fortement sur la blancheur bise de leurs manteaux en laine de brebis.

À mots couverts, ils s’entretenaient du concile prochain, tout en ayant l’air de suivre la foule qui s’arrêtait devant les étalages. Les instruments agricoles étaient disposés sous les arcades de gauche du portique intérieur, envahi par des bandes de travailleurs mercenaires, qui venaient de toutes les régions de l’Afrique et même de l’Espagne. Les chefs d’équipe essayaient les faucilles, pas-