Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/74

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départ, avait apporté des lettres de Rome : lui-même était occupé à déchiffrer ces dépêches rédigées en caractères secrets, et, autant qu’il en pouvait juger à première vue, les nouvelles qu’elles donnaient semblaient alarmantes… Ainsi, tout s’enchaînait pour justifier les appréhensions de Cyprien. Ces contrariétés successives annonçaient quelque chose de pire sans doute !… Cécilius l’attendait dans sa chambre. Sans autre préambule, il lui dit :

« Votre réunion est interdite ! »

Un de ses amis, un triumvir de Cirta, était venu conférer avec lui mystérieusement à Muguas : le légat de Lambèse, averti on ne savait comment du concile, s’y opposait absolument, menaçait les prélats de la prison, en cas de désobéissance. Cécilius ajouta :

« Il paraît qu’il est très irrité contre vous, contre toi particulièrement ! »

Cyprien ne vit qu’une chose : la trahison possible, probable, d’un frère. Car enfin qui avait pu le dénoncer ? Salloum, le cabaretier ? ou l’intendant Zopicus, croisé en sortant de Thagaste ? Cela paraissait bien invraisemblable. Un affreux soupçon traversait son esprit : c’était Paulus, sans doute, qui, sûr d’avance d’être condamné par le concile, s’était fait le délateur de ses collègues ?… Au même moment, une portière se souleva et Célérinus apparut. Il tenait en main la lettre dont il venait de déchiffrer la cryptographie. Désignant du regard Cécilius, le secrétaire demanda à Cyprien :

« Je puis parler, n’est-ce pas ?

– Lis, » dit l’évêque.

Alors, de sa voix pâle et impersonnelle de fonctionnaire, Célérinus lut ceci :

LES PRÊTRES ET LES DIACRES AFRICAINS, QUI DEMEURENT À ROME, AU PAPE CYPRIEN, SALUT !

Nous croyons devoir t’informer, vénérable Père, des complots qui se trament ici et qui menacent ton église, autant