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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

C’est la Belle Françoise — et les refrains en chœur se répercutaient frais, sonores, interrompus de temps en temps par l’arrivée d’un acheteur, alors le silence se faisait parmi les « revendeuses » dans l’attente d’un gain quelconque.

Du Vallon, assis à sa table de travail, tout en écrivant observait par intervalle ce qui se passait au dehors. Il en était là de sa chronique scientifique :

« Trop de science, trop de pouvoir, comme trop de luxe, trop de bien-être, amoindrissent les nations, les dégénèrent, les exterminent. On verra dans les années à venir que l’homme, dans sa rage de vouloir faire marcher la matière sans la force humaine, oubliera l’essentiel, la santé. Il ne craindra plus de s’empoisoner lentement ; mais sûrement par le carbone, distillant de ses feux, de ses machines, de ses voitures, partout l’air vicié s’infiltrera dans ses poumons, et les masses ignorantes boiront en riant le poison qui les tuera… »

Soudain l’auteur se leva précipitamment et pencha la tête au dehors pour mieux examiner une jeune amazone, accompagnée d’un élégant cavalier. En passant devant la demeure de l’écrivain, la jeune dame leva les yeux et adressa à Du Vallon un gracieux sourire, ainsi qu’un petit signe de la main très significatif. Saisis-