Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/48

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de son sauveur, tandis qu’une larme brillait dans son regard, puis se penchant vers Lucienne :

— Elle vit, n’est-ce pas ?

— Mais oui, on n’est pas si lent à repêcher des moineaux de votre espèce qu’ils puissent mourir avant qu’on les retire de l’eau ; agitez un peu ses bras, à cette jeunesse pour aider sa respiration, tandis que je vais ramer au bord.

Pierre souleva mademoiselle Aubry, appuya sa tête sur son épaule, puis avec la tendresse d’une femme balança de bas en haut ses deux bras, bientôt un léger soupir souleva le sein de la jeune fille, ses membres s’agitèrent faiblement.

— Revenez à vous, chère Lucienne, murmura le jeune homme, vous êtes sauvée, je vous aime trop pour que vous me soyez enlevée.

Et ses lèvres baisèrent avec transport les mains de la jeune fille. Elle entrouvrit les yeux ; mais sans pouvoir rien réaliser : ce qu’elle éprouvait n’avait rien de précis, elle se sentait comme en un songe vague, où les douces sensations la berçaient sur des nuages d’or, l’élevant de ravissements en ravissements ; la joie intérieure de son âme lui révélait des ivresses inconnues jusqu’alors, il lui semblait que la vie la quittait ; elle était confondue avec un pur atmosphère dans l’immensité d’un monde nouveau, où les aspirations du rêve se trouvaient