Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/148

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pas au juste par quel mécanisme un travail cérébral produit un échauffement dans le rectum. Du reste, il paraît aujourd’hui démontré que la température du rectum peut rester stationnaire alors que la température du cerveau s’élève ; c’est ce qui ressort des expériences récentes de Mosso, qui a introduit des thermomètres à la fois dans le rectum et dans l’intérieur du crâne, en contact avec le cerveau ou les méninges, et a constaté à maintes reprises que les deux courbes de température ne se développent pas parallèlement.

Les recherches de Mosso, que l’on trouve exposées dans plusieurs recueils[1], ne sont pas faciles à résumer, parce que l’auteur leur a donné la forme d’un compte rendu très précis de toutes les observations qu’il a faites, et il semble avoir craint de condenser ses observations en quelques propositions générales. Il a employé pour mesurer la température du cerveau des thermomètres à mercure dont le réservoir cylindrique ne contenait que 4 grammes de mercure : sur ces thermomètres on pouvait lire avec des loupes spéciales le 0,002 d’un degré. Les expériences ont été faites sur des animaux et sur l’homme. Nous n’avons à parler ici que de ces dernières (p. 128 à 182 de l’édition italienne). Elles ont porté spécialement sur une petite fille de douze ans, Delphina Parodi, de Suse, qui venait se faire soigner à l’hôpital de Turin pour une fracture du crâne siégeant dans la région fronto-pariétale, et mettant à nu les méninges sur une longueur de 3 à 4 centimètres ; la plaie n’était pas saine, elle avait un aspect fongueux ; sur un point la dure-mère était perforée, et Mosso put profiter de la perforation pour y introduire une sonde jusqu’à une longueur de 8 centimètres ; ensuite un thermomètre fut poussé jusqu’à la scissure de Sylvius et mis en contact avec la surface même du cerveau : le thermomètre était plongé dans le crâne à une profondeur de

  1. La temperatura del cervello. Studi termometrici, Milano, 1894. — Die Temperatur des Gehirns. Leipzig, 1894. — Philos. Trans. of the R. Soc. of London, 1892, vol. 183. — Conf. I. Soury, Rev. Philos., 1897, XLIII, p. 388.