Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/108

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DISCOURS DE LA VIE

jeunes hommes qu’il jugeoit pouvoir quelque jour[1] promettre quelque fruict, à bien escrire[2], et plustost moins et mieux faire[3] *. J’estimeray tousjours ce jour bien heureux[4] quand jeune d’ans et d’experience, n’ayant encor attainct l’age de quinze ou seize ans, apres avoir savouré tant soit peu du miel de ses escrits, l’ayant esté voir, il ne reçeut pas seulement les premices de ma Muse, mais m’incita merveilleusement[5] à continuer, et l’aller voir[6] souvent, non chiche de me deceler beaucoup de particularitez, et m’ayant aymé et premier versé[7] l’inclination en la Poësie[8], si peu que j’en puis recongnoistre en moy, et depuis[9] honoré mes escrits de la gloire qui regorgeoit en luy[10] *. En recompense dequoy ayant reçeu de luy office de pere, comme un fils non ingrat, voulant aucunement recognoistre cette pieté d’une autre, j’ay faict ce vaisseau pour y enfermer ses cendres tant precieuses, que j’ay ramassées, et que je presente à la posterité, reliques d’un si grand personnage, et tesmoignage du devoir que la France et moy lui consacrons avec noz larmes perpetuelles[11].

  1. A’ un jour
  2. AA’ quelque fruict à bien escrire *
  3. BC les jeunes hommes qu’il jugeoit par un gentil naturel promettre quelque fruict en la Poësie, à bien escrire, et plustost à moins et mieux faire : car les vers se doivent peser et non conter [C compter], et ressemblent au Diamant, qui estant de belle eau et d’excellente grandeur [C au Diamant parangon qui estant de belle eau et rendant un bel esclat], seul vaut mieux qu’une centaine de moyens.
  4. BC Je marqueray tousjours ce jour d’un craion bien-heureux
  5. BC mais m’incita courageusement
  6. B à continuer et l’aller voir | C à continuer, et le visiter
  7. A met une virg. après chiche et n’accentue pas versé
  8. BC non chiche de me deceler beaucoup de ses [1609-1630 ces] divins et misterieux secrets, avec lesquels le premier il m’eschaufa l’inclination en la Poësie
  9. A s’y peu que j’en puis recognoistre en moy. Et depuis
  10. BC si peu que, parmy la severité de nos loix *, j’en puis recognoistre en moy, et depuis honora mes escrits de la gloire qui regorgeoit en luy, engageant mon affection en son amitié par l’eternel lien de ses Lauriers.
  11. C En recompense de quoy. Belle et genereuse ame, ayant receu de toy office