Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/295

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ET CRITIQUE

ne nous est pas parvenu (Est. Pasquier, Lettres, I, lettre xvi, citée par M.-L. dans sa Notice sur Ronsard) ; mais rien ne prouve que cet Eloge satirique fût en vers.

P. 49, l. 45. — oraison continüe = prose (cf. le latin soluta oratio).

P. 49, l. 49. — des vertus actives. Ce discours a été conservé, mais avec ce titre : Des vertus intellectuelles et morales. On possède un autre discours de Ronsard, sur l’Envie, également prononcé à l’Académie du Palais, que Binet semble ne pas avoir connu. Gandar a analysé le premier et publié intégralement le second, dans sa thèse française (pp. 199 à 209). Ils ont été reproduits in extenso dans les éditions de Ronsard, de Blanchemain (VIII, 155 et suiv.) et de Marty-Laveaux (VI, 466 et suiv.), enfin dans l’Académie des derniers Valois d’Edouard Frémy, pp. 225 et 349 (cf. pp. 205 et suiv.).

P. 49, l. 50. — action. Il faut entendre ce mot dans le sens technique d’action oratoire (attitude, gestes, véhémence).

P. 50, l. 2. — moins et mieux faire. J. Peletier avait pris pour devise Moins et meilleur, dès 1544 (traduction de l’A. P. d’Horace), ce qui est vraiment remarquable pour une époque où la prolixité et la négligence étaient précisément les plus graves défauts des écrivains, et où la facilité, une facilité souvent déplorable, était encore considérée comme la qualité maîtresse du poète par les Rhétoriqueurs et les Marotiques survivants. Ces trois mots, en effet, inspirés d’ailleurs par Horace (Satires, I, iv, 11 et suiv. ; x, 10 ; Art poét., vers 335), posaient comme un principe fondamental de la littérature moderne le souci de la concision forte, le travail de la lime, la recherche de l’expression la plus exacte et la plus belle de la pensée, la substitution de la qualité à la quantité, la notion de l’art en un mot, que Du Bellay et Ronsard ont placée si haut parmi leurs préoccupations esthétiques. C’est vraiment par « le travail et les lenteurs de la lime » que l’école de 1550 se distingue surtout des écoles précédentes, qui négligeaient le côté artistique ou s’en faisaient une idée fausse. Moins et mieux, ces trois mots contenaient en germe la Rhétorique et la Poétique de l’avenir, celles de nos écrivains classiques tout au moins. Malherbe et Boileau, Pascal et la Bruyère n’en auront pas d’autres, et Buffon dira comme Ronsard que les ouvrages « bien écrits » sont « les seuls qui passent à la postérité ».

Ronsard, à vrai dire, a été plus exubérant qu’eux tous, plus admirateur des qualités naturelles que des qualités acquises, enfin partisan convaincu, avant nos Romantiques, de la liberté et même de la fantaisie dans l’art ; son œuvre contient des longueurs ; il a trop aimé la description pour elle-même et abusé des comparaisons. Mais à mesure qu’il a pris de l’âge, il a plus apprécié les qualités de concision et de force dans la brièveté, et c’est l’une des principales raisons des coupures de plus en plus nombreuses qu’il a faites dans ses œuvres, de sa première édition collective (1560) à la dernière (la première posthume, publiée à la fin de 1586). Il a surtout singulièrement aimé, cultivé et respecté la langue française.

P. 50, l. 11. — en luy. Pour tout ce passage, voir mon Introduction, § II. On trouve une déclaration analogue dans l’églogue de Binet intitulée Perrot, qui fut « représentée » au collège de Boncourt le jour