Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/89

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DE PIERRE DE RONSARD

en prevoyant une meilleure. Ce fait, il se fit devestir et remettre au lict, disant : Me voila au lict attendant la mort, passage commun[1] d’une meilleure vie, quand il plaira à Dieu m’appeler, je suis tout prest de partir. Il renvoya le Notaire, luy disant qu’il n’y[2] avoit encor rien de pressé, et qu’il se portoit mieux, apres avoir mis toute sa fiance en Dieu. Le sieur Galland arriva le trentiesme d’Octobre à Montoire, en un de ses Benefices nommé Sainct Gilles[3], distant de lieüe et demie de Croix-val, où il s’estoit retiré pour la crainte de ceux de la nouvelle opinion, qui rompus du siege d’Angers, espars venoient fondre[4] en ce pays *. Il y sejourna six jours, y ayant solennisé la feste de Toussains. De là retourna à Croix-val le lendemain *, accompagné dudit Galland, auquel il fit escrire un Epigramme en forme d’inscription, parlant à son ame en cette sorte[5] :

Amelette Ronsardelette
Mignonnelette, doucelette,
Tres-chere hostesse de mon corps,
Tu descens là bas foiblelette[6],
Pasle, maigrelette, seulette.
Dans le froid royaume des mors :
Toutesfois simple, sans remors
De meurtre, poison, et rancune,
Mesprisant faveurs et tresors
Tant enviez par la commune[7].
Passant, j’ay dit, suy ta fortune,
Ne trouble mon repos, je dors *.


Luy disant : Je me suis souvenu d’un ancien Epigramme Latin, lequel pour passer temps je desirois rendre plus chrestiennement qu’il n’est[8] *. Mais[9] depuis il quitta tous passe-temps et ne medita plus que choses dignes d’une fin Chrestienne : car[10] ne pouvant dormir[11], il se plaignoit incessamment, et pour tromper son mal, prevoyant neantmoins sa mort prochaine, | medita l’Epitaphe[12] en [23] six vers pour graver sur son tombeau, qui est tel :

  1. BC la mort, terme et passage commun
  2. A ny
  3. A sainct Gilles | B S.Gilles
  4. C d’Angers venoient fondre
  5. C du sieur Galland, lequel il pria d’escrire un Epigramme qu’il avoit medité pour passer temps, imitant un ancien en ceste sorte
  6. C-1617, 1630 foiblette (f. d’impr. évid.) | 1623 rétablit la leçon de AB
  7. A Tant enviez, par la commune,
  8. C supprime la phrase Luy disant... qu’il n’est.
  9. A qu’il n’est, mais | B qu’il n’est : mais
  10. A Chrestienne, car | B Chrestienne. Car
  11. BC inquieté et ne pouvant dormir (inquiete en B est une f. d’impr.)
  12. C il se plaignoit et dictoit incessamment, pour alentir ses douleurs, prevoyant