Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/63

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sistante, qui fait que le malade saisit et cache tous les objets qu’il rencontre. Voilà donc deux éléments, la mémoire et le caractère, qui différencient nettement la condition seconde et la condition première ; et dans tout ce qui précède, les analogies entre F… et les autres malades que nous avons décrits sont remarquables.

Les différences consistent dans la forme de l’activité mentale que F… manifeste pendant sa crise. Tandis que Félida, Louis V… et les autres montrent, pendant leur condition seconde, une intelligence ouverte à toutes les excitations extérieures, l’intelligence de F… est au contraire fermée à toutes les excitations qui n’ont point de rapport avec l’idée dominante du moment. On vient de le voir parcourir pendant deux heures un hôpital entier, traverser les corridors, les salles de malades, se promener dans le jardin sans se douter des nombreuses personnes qui le suivent et qui l’épient ; il ne voit pas ces personnes, parce que leur présence n’entre pas dans son cercle d’idées ; il ne voit de même aucun des objets qui n’ont point de rapport avec le roman intérieur qu’il rumine tout en marchant ; quand il sent le besoin de fumer, et que M. Mesnet, après avoir éteint son allumette, lui en présente une tout enflammée, il ne la voit pas, et se laisse brûler les sourcils par la flamme ; mais il a perçu la plume dont il se sert pour écrire, et le papier à lettre sur lequel il écrit, et le corridor qu’il traverse et la porte qu’il ouvre : tous ces objets sont en relation avec ses idées dominantes. C’est ce que M. Mesnet a très bien compris et très bien décrit, et il a aussi noté avec soin le rôle directeur exercé par le toucher sur l’intelligence de son malade.

Ainsi l’activité mentale de F…, pendant ses crises, présente surtout un développement systématique. M. Mesnet admet en outre, et même il affirme à plusieurs reprises, que c’est une activité inconsciente, purement réflexe et machinale. Il n’y aurait donc, pendant la crise, aucune trace de pensée consciente, de jugement, d’imagination. Cette interprétation, émanant de l’auteur qui avait lui-