Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/111

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Dans la campagne de 1627, le prince d’Orange, Frédéric-Henri, ayant mis le siége devant la ville de Groll, De Bergh fut chargé de la secourir : arrivé en face des assiégeants, il les trouva si bien fortifiés que, de l’avis de tous les chefs de son armée, il ne crut pas pouvoir les attaquer. Il tâcha alors d’intercepter un convoi de vivres qu’ils attendaient ; mais cette entreprise manqua, à cause d’un différend qui s’éleva entre les Espagnols et les Italiens, les uns et les autres prétendant marcher à l’avant-garde[1].

Henri de Bergh occupait la charge de gouverneur et capitaine général de Gueldre depuis 1618 ; il avait été fait, en 1624, membre du conseil de guerre, et, en 1625, conseiller d’État ; il était parvenu au grade de lieutenant général de la cavalerie. En 1626, il renonça à ce dernier titre, pour devenir capitaine général de l’artillerie des Pays-Bas[2].

Au mois de janvier 1628, Spinola étant parti pour Madrid[3], le commandement de l’armée fut donné au comte De Bergh. Il ne se passa rien de notable cette année-là : les Hollandais attendaient, pour faire sortir leurs troupes de leurs cantonnements, qu’on les attaquât, et les Espagnols étaient trop faibles pour prendre l’offensive. Ce furent les premiers qui ouvrirent la campagne de 1629 en venant, au commencement de mai, mettre le siége devant Bois-le-Duc. On n’était pas préparé, à Bruxelles, à s’opposer à cette entreprise, et le comte de Bergh put, seulement le 24 juin, marcher au secours de la place assiégée. L’armée qu’il avait rassemblée était au moins égale en nombre à celle du prince d’Orange ; mais celle-ci était fortement retranchée, et il n’osa pas courir le risque d’une bataille. Diverses tentatives qu’il fit alors pour faire entrer des renforts dans la place étant demeurées infructueuses, il tâcha d’obliger le prince, par une diversion, à lever le siége : il passa l’Yssel, entra dans la Veluwe, ravagea le pays, prit deux forts occupés par les Hollandais, pénétra dans Amersfort ; il se disposait à faire de nouvelles conquêtes lorsqu’on reçut la nouvelle de la surprise de Wesel par le colonel Dieden, gouverneur d’Emerick (19 août). C’était de Wesel que l’armée royale tirait ses vivres : cette perte la força de revenir sur ses pas. Bois-le-Duc, n’ayant pas été secouru, capitula le 14 septembre.

L’issue de la campagne de 1629 ne porta pas seulement atteinte à la réputation militaire du comte Henri de Bergh, mais elle fit planer des soupçons sur sa fidélité. Le marquis d’Aytona (voir ce nom) écrivit à Philippe lY que le comte était réputé de tout le monde incapable de conduire une armée et traître déclaré ; que le comte Jean de Nassau et les autres officiers qui l’avaient accompagné dans cette campagne ne parlaient pas autrement de lui[4]. Un religieux hollandais dont le nom ne nous est pas connu, se rendit exprès à Madrid, pour l’accuser auprès du roi d’être en secrète intelligence avec le prince d’Orange, fondant cette accusation sur des faits qui remontaient à plusieurs années et qu’il exposait dans un mémoire détaillé ; ajoutant que ses sœurs qui vivaient avec lui étaient ennemies mortelles des Espagnols ; qu’elles informaient régulièrement le prince d’Orange et le comte de Culembourg de tout ce qu’elles pouvaient apprendre ; qu’on les croyait même pensionnaires des états généraux[5]. Et ce n’était pas seulement parmi les Espagnols qu’on suspectait le comte De Bergh ; le ministre de France à Bruxelles, le sieur Bautru, écrivait, le 11 janvier 1630, au cardinal de Richelieu : « Henry de Bergue est tousjours en mauvaise posture et en

  1. Lettre de l’infante Isabelle à Philippe IV, du 23 août 1627.
  2. Lettre de l’infante au roi, du 27 août 1626.
  3. Nous avons dit, t. I, p. 389, sur la foi de plusieurs historiens, que Spinola avait été appelé à Madrid par Philippe IV. Des lettres de l’infante Isabelle et du roi dont nous avons eu connaissance depuis, nous autorisent à affirmer aujourd’hui que ce fut l’infante qui, avec l’autorisation de son neveu, envoya Spinola en Espagne.
  4. El conde Henrrique es tenido de todos communmente par incapaz para governar tanta máquina y por traidor declarado, que con este lenguaxe hablan dél el conde Juan de Nassau y los demàs personajes y capitanes que le un assistido en esta campaña.
  5. Lettre de Philippe IV à l’infante Isabelle, du 8 janvier 1630.