Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/123

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seigneur de Noirthout, pour rappeler à Corneille et au chapitre l’alliance défensive conclue en 1518 entre l’empereur et les Liégeois. Sur ces entrefaites le pays souffrait horriblement des allées et des venues des soldats étrangers ; d’autre part, un nouveau complot fut éventé dans la cité même ; il ne s’agissait de rien moins que de livrer une des portes aux généraux Lougueval et Van Rossem, qui rôdaient aux environs d’Aix-la-Chapelle. L’évêque dut ouvir les yeux : il assembla les états et leur soumit les réclamations de la gouvernante des Pays-Bas. Les états décidèrent que l’alliance serait maintenue, mais que Liége ne prendrait aucune part à la guerre ; ils déclarèrent en outre qu’ils s’opposeraient de toutes leurs forces à tout passage de troupes sur leur territoire (15 juin 1543). Cependant la fortune abandonna Guillaume de Clèves, qui fut réduit à implorer sa grâce de l’empereur. La principauté de Liége fut sauvée : aussi bien Van Rossem, dans la campagne précédente, ne s’était point hasardé à y tenter un coup de main, tant elle était bien gardée, grâce aux précautions du prince-évêque.

Georges d’Autriche, après vingt-deux mois de captivité, racheta sa liberté au prix de vingt-cinq mille écus, et vint décharger Corneille du fardeau de l’administration. Celui-ci, depuis longtemps maladif, se retira au château de Huy pour y passer paisiblement le reste de ses jours. La chronique manuscrite de Sylvius, évêque de Tagaste, prétend qu’il abdiqua avant la fin de 1543 ; cet acte, selon Fisen, ne daterait que de 1544. Loyens attribue la retraite de Corneille à l’intention que celui-ci aurait eue de se marier, son frère Maximilien n’ayant pas d’enfants ; mais la mort, ajoute-t-il, le surprit en 1545. On ne sait rien de positif à l’égard de cette dernière date : un manuscrit cité par Foullon ne fait mourir Corneille de Berghes qu’en 1560.

Corneille ne se distingua point par son esprit de tolérance ; mais il faut faire la part des idées du temps. On peut lui reprocher, comme à ses successeurs, une trop grande condescendance envers la maison d’Autriche. En revanche, il sut administrer le pays et en assurer la sécurité. On lui doit d’excellents règlements de guerre et de police, de nouveaux statuts en matière de procédure et une réformation des tribunaux laïques. Il conclut avec Charles-Quint, en 1541, un concordat touchant l’exercice de la juridiction ecclésiastique dans les parties des Pays-Bas relevant de son autorité diocésaine : ce document important a été annoté avec le plus grand soin par Louvrex (Recueil des édits). — Il y a lieu de signaler, parmi ses autres ordonnances, celle qui enlève aux bouchers le monopole de l’abatage, celle qui prescrit aux hôteliers de prendre note du nom de chaque personne qu’ils reçoivent, enfin celle qui bannit de la principauté « les Egyptiens et Bohémiens vagabonds, » très-nombreux à cette époque, paraît-il, au pays de Liége.

Alphonse Le Roy.

Chronique MS. de Sylvius (Bibl. de M. U. Capitaine). — Chapeauville, t. III. — Foullon, Fisen, Bouille, etc. — Mélart, Hist. de Huy., — Loyens, Rec. hérald. — Louvrex, Rec. des Édits, etc. — Lenoir, Hist. du protestantisme à Liége. — Henne, Hist. de la Belgique sous Charles-Quint, t. III. — Goethals, Dict. généal., au mot Glymes (t. II).

BERGHES (Maximilien DE), premier archevêque de Cambrai, né vers 1512 et mort subitement à Berg-op-Zoom, le 27 août 1570. C’est par erreur que l’historien du Cambrésis, Le Carpentier, désigne comme son père Jean VI de Berghes, gouverneur de Luxembourg et de Namur ; il était le deuxième fils de Dismas de Berghes, conseiller au conseil privé, mort en mission à Barcelone en 1514. Dismas lui-même était bâtard de Jean V aux grosses lèvres, et par conséquent frère naturel de Jean VI (voir l’article Henri de Berghes). Doyen de Saint-Gommaire, à Lierre, Maximilien fut appelé à l’évêché de Cambrai, le 10 septembre 1556, par le chapitre cathédral de cette ville, grâce à l’influence toute-puissante du cardinal de Granvelle ; il avait pour compétiteur Robert de Brederode. Le pape Paul IV ne voulant pas reconnaître le droit du chapitre, refusa de confirmer l’élu ; la preuve de ce fait est fournie par un diplôme de l’empereur Ferdinand adressé à Maximilien de Berghes, pour lui conférer l’administration