Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/244

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Gauthier de Brunshorn, espérant encore arrêter l’effusion du sang, sort de l’église Saint-Lambert et se jette au milieu des barons, les suppliant d’avoir pitié du pauvre peuple : il est percé de vingt coups d’épée. Au même instant les métiers débouchent de toutes parts ; Aruould s’élance hors du temple avec son frère, l’abbé de Prüm, et tous les siens. A l’aube du jour, les chevaliers comptent leurs pertes ; ne voyant pas arriver le comte de Looz, ils commencent à songer à la retraite ; mais l’échevin Surlet intervient, les engage à gagner Publémont (le mont Saint-Martin) et à se retrancher sur cette hauteur. Ils s’y dirigent lentement, à reculons pour ainsi dire, toujours combattant ; leur résistance irrite le mambour, qui se jette en avant pour atteindre Surlet, mais se trouve soudain enveloppé. Il combat en désespéré : enfin Surlet l’abat d’un coup de hache à deux tranchants. Sa mort ranime le courage des nobles, et l’on apprend au même instant que des renforts, envoyés par le comte de Looz, viennent de pénétrer dans la ville. La cause populaire semble perdue, lorsqu’une formidable clameur s’élève : ce sont les paysans de Vottem, armés de faux et de tridents, et les houilleurs d’Ans et de Montegnée, munis de leurs pics, de leurs havresses et de leurs rivelaines. En un instant l’action a changé de face. Le pertide Dupont, qui s’est démasqué tout à l’heure, est massacré et son corps mis en lambeaux ; les nobles fuient dans toutes les directions. Plus de deux cents chevaliers parviennent à se réfugier dans l’église Saint-Martin ; ils sont aussitôt cernés. Ne parvenant pas à ébranler les portes, la foule a recours à l’incendie. Les prisonniers tentent une sortie : ou les repousse avec vigueur. Un affreux craquement se fait entendre : c’est l’église tout entière qui s’écroule et ensevelit sous ses décombres fumants les barons éperdus et un grand nombre d’assiégeants qui s’étaient approchés trop près. Le comte de Looz arrive en cet instant ; mais aussitôt il tourne bride, et il a grande peine à opérer sa retraite. Les gens des métiers se répandent par la ville, pillent les maisons des échevins et des chevaliers, se baignent dans le sang… Le maître de la cité et le chapitre s’épuisèrent en efforts pour mettre un terme aux excès de la populace déchaînée. La chevalerie liégeoise ne se releva jamais du coup terrible qui lui avait été porté dans cette fatale journée, connue dans l’histoire sous le nom de la Mal ou Male Saint-Martin. Il s’ensuivit l’abolition des priviléges des Grands et la domination politique des Petits. La paix d’Angleur (14 février 1313) stipula que les nobles ne pourraient désormais faire partie du conseil de la ville, s’ils n’étaient affiliés à un corps de métier. La démocratie pure avait succédé à l’oligarchie.

Alphonse Le Roy.

Hocsem. — Jean d’Outremeuse. — Zantfliet. — Fisen. — Bouille, t. I. — Mélart, Hist. de Huy. — Mantelius, Hist. Lossensis. — Loyens, Recueil héraldique. — Villenfagne, Mélanges (1810)), p. 10 et suiv. — F. Henaux, Hist. du pays de Liége, t. II. — Polain, Hist. de l’ancien pays de Liége, t. II. — Id., Rècits historiques. éd. de 1866, p. 161-187.

BLANSTRAIN (Guillaume), orfévre, ciseleur et graveur de sceaux, à Audenarde, y florissait dès la première moitié du xvie siècle. On n’a de notions ni sur l’année de sa naissance, ni sur la date de sa mort. On sait seulement, par les documents communaux d’Audenarde, qu’il existait encore en 1592. Il devait être alors presque nonagénaire, puisqu’il avait déjà commencé sa carrière professionnelle en 1524. Il appartenait à une famille qui de temps immémorial exerça l’orfévrerie en cette ville ; son père, Jean Blanstrain y travailla de 1499 à 1520 ; il est cité dans les documents officiels. Guillaume Blanstrain exécuta en 1524 un sceau pour la communauté de l’hôpital de Notre-Dame de Sion, à Audenarde ; en 1532-1534 il grava les armoiries de la ville sur un écusson d’argent, offert par le magistrat aux rhétoriciens de Tournai ; en 1544, il confectionna deux plats d’argent ornés de l’image de sainte Walburge, en émaillure ; en 1549 et 1550, les fabriciens de l’église de Sainte-Walburge lui confièrent la gravure des coins de deux méreaux en plomb, l’un pour servir de jeton de présence aux saluts du Saint-Sacrement et de Notre-Dame, l’autre pour le payement des chantres à la grande messe et aux vêpres exécutées en musique. Le second méreau,