Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/254

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peut produire, s’étale aux regards du spectateur presque ahuri en présence de ces deux cents figures hideuses ou torturées par la souffrance. C’est évidemment, dans son genre, une œuvre capitale, mais quel genre !… Même ville, musée Correr : Tentation de saint Antoine. Aussi bizarre et plus dévergondée encore que la première. — Même ville : Académie des beaux-arts, La Tour de Babel. — Même ville : galerie Manfrin[1] : Paysage. Prédication de saint Jean ; très-jolie toile de la première manière, mais avec plus de largeur.

Milan, Académie des beaux-arts : Adoration des Mages, triptyque, attribution douteuse ; œuvre très-curieuse. On sait que Lanzi signale des compositions du Nouveau Testament exécutées par De Bles et se trouvant à Brescia ; depuis longtemps ces tableaux n’existent plus dans cette ville ; ce sont eux qui ont inspiré au biographe italien l’idée de comparer le peintre flamand au Bassan. On se demande, en voyant le triptyque de Milan, si ce ne serait pas là l’œuvre citée par Lanzi. Outre les œuvres que nous venons de mentionner, il s’en trouve encore à Nuremberg, Pommersfelden, Gratz et enfin dans un grand nombre de collections particulières en Angleterre et en Allemagne. Dans l’article que Van Mander consacre à Gilles et à François Mostaert, il dit que ce dernier apprit son art chez le difficile Henri met de Bles. C’est la seule mention que nous ayons d’un élève formé par notre artiste.

Avant de terminer cette notice, signalons encore, à propos de De Bles, un problème intéressant. L’artiste bouvignois a-t-il, oui ou non, gravé ? Le tableau de Dresde, le Colporteur dévalisé par des singes, est, dit-on, gravé par lui ; son portrait aussi ; mais rien ne vient corroborer une assertion qui n’est présentée que comme une simple supposition. De nos jours, M. Guichardot, surtout, a indiqué, sans la moindre hésitation, dans le catalogue des gravures de M. le chevalier Camberlyn, vendues en 1865 à Paris, un Saint Augustin rencontrant un enfant au bord de la mer (morceau en hauteur, dit le catalogue, non décrit, extrêmement rare ; très-belle épreuve). Le catalogue désigne Henri De Bles comme graveur au burin. C’est là, à toute évidence, une erreur. Le Saint Augustin cité est un travail italien d’une grande pureté de trait et d’une noblesse de dessin à laquelle De Bles n’a jamais eu le droit de prétendre. Ce qui a égaré les rédacteurs du catalogue, c’est le monogramme de la chouette placé sur cette gravure ; mais, nous l’avons déjà dit, plusieurs artistes italiens ont employé ce monogramme ou celui d’un oiseau pouvant ressembler à une chouette. D’ailleurs, il faut le répéter, le Saint Augustin de la collection Camberlyn est d’un travail serré, correct, expressif, et le paysage n’y a aucune importance ; or, c’est le contraire qui a lieu, le plus souvent, dans la manifestation du talent de notre artiste : le paysage d’abord, les personnages ensuite, sans compter qu’il est bien rare que ceux-ci soient irréprochables comme dessin.

L’erreur commise par quelques biographes au sujet de De Bles, considéré comme graveur, menaçait cependant de se fortifier, faute de réfutation, par l’affirmation hasardée du catalogue de la collection Camberlyn. Jusqu’à la production de preuves concluantes, nous sommes autorisé à dire que Henri De Bles n’a jamais gravé et qu’il faut rayer de la liste de ses œuvres la gravure de son tableau de Dresde, ainsi que celles de son portrait et du Saint Augustin de la collection Camberlyn[2].

M. Rudolf Weigel, un des iconographes les plus experts de notre époque, a émis, dans un document particulier, une opinion exactement semblable à celle que nous professons.

Ad. Siret.

BLINCKT (Arnold), né à Hasselt, succéda, le 22 décembre 1539, à l’historien Adrien van Baerland (Barlandus) dans la chaire de rhétorique de l’Université de Louvain. Il laissa une grande réputation d’éloquence. Blinckt était maître

  1. Galerie particulière, mise en vente.
  2. Cette eau-forte a été acquise pour cent trente francs par M. Roth, d’Amsterdam.