Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/289

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Il était fils d’un fossoyeur de la paroisse de Notre-Dame de la Chapelle, qui, d’après Paquot, s’appelait Bochorinc, et de Gudule Labuse. On sait qu’au XVIe siècle les apostats prenaient souvent des noms de guerre, mais est-il probable que notre personnage, dans le seul but de satisfaire sa vanité, ait porté un nom de famille noble ? Un pamphlet de Henri van Cuyck l’affirme ; notre personnage, au contraire, le nie formellement, et les preuves pour ou contre font également défaut. Henri Boxhorn, dirons-nous, puisque ses contemporains, d’une commune voix, l’ont désigne ainsi, fit ses études à Louvain et y reçut l’ordre de prêtrise. D’aussi bons protecteurs qu’un évêque de Tournai et qu’un suffragant de Malines lui firent obtenir la cure de Saint-Germain, à Tirlemont. On attendait beaucoup de lu : ; aussi n’eût-il qu’à demander pour devenir archiprêtre et doyen de son église. L’ambition le tourmentait. Les versions catholiques nous le montrent, à cette époque de sa vie, fort occupé à se faire des amis, flattant tantôt les chartreux, tantôt les jésuites, et se moquant de tout le monde, même de sa mère. Sans faire de lui un modèle de toutes les vertus, les versions protestantes réfutent quelques-unes de ces assertions. Elles attribuent plus volontiers son abjuration à un cri de sa conscience qu’au relàchement de ses mœurs. Il était inquisiteur de la foi ; et, comme tel, ayant eu à discuter avec des hérétiques, des doutes s’élevèrent dans son esprit sur la manière dont l’Église entendait la question de l’Eucharistie et celle du mariage des prêtres. Peut-être eût-il, malgré cela, poursuivi ses rêves ambitieux, si Sibylle Styls, avec laquelle il entretenait des relations, ne l’eût point rendu père. Un sentiment nouveau, inconnu, envahit alors son âme et la gouverna. Aussi, un mariage, conclu en janvier 1580, à Mondorf, dans le duché de Berg, légitima-t-il son enfant. Boxhorn vint ensuite résider à Wermelskirchen, village voisin de Solingen, et y abjura la foi romaine dans l’église luthérienne. Il y avait près de dix ans qu’il était pasteur suivant la confession d’Augsbourg, quand il fut appelé en cette qualité à Woerden. Là il justifia, en 1594, le proverbe qui dit : « Qui a changé changera ! » Devenu tout à coup calviniste, il réussit à entraîner par son exemple une partie de la population. Son collégue, Zegers Conincxbergen, contribua à ce succès peu honorable, et le petit-fils de notre personnage, Marc Zuerius dit Boxhorn, dans son Theatrum sive Hollandiæ descriptio, s’étend sur ces événements de manière à nous autoriser à y voir une mesure gouvernementale.

Le succès aveugle parfois ; Boxhorn se permit, en 1600, d’attaquer en chaire le magistrat de Woerden, qui lui intenta une action en calomnie, et obtint sa destitution. Notre personnage vint à Bréda et y prêcha la doctrine de Calvin avec tant de succès que le consistoire de Woerden demanda aux états-généraux que son ancien pasteur lui fût rendu. Il ne fut point fait droit à cette supplique. Boxhorn avait conquis les bonnes grâces de Justin de Nassau, gouverneur de Bréda, qui s’arrangea de façon à le conserver auprès de lui. La prise de Bréda par les Espagnols, en 1625, lui fit perdre sa place de pasteur ; il vint alors habiter Leide, où l’on suppose qu’il mourut.

La grande affaire de sa vie nous semble avoir été sa polémique avec Henri de Cuyck, professeur à Louvain, grand-vicaire et official de l’archevêché de Malines, et, plus tard, évêque de Ruremonde. Son thème favori, que les variations de la conscience n’entraînent point l’infamie, fut constamment défendu par lui avec une grande vigueur et une dignité assez rare parmi les polémistes de l’époque.

On a de Henri Boxhorn : 1° Apologeticus adversus Henricum Cuyckium. Lugd. Bat., 1595, in-12. — 2° Anti-Cuyckius et Commentariorum de Eucharistiæ Harmonia libri tres, adversus Henrici Cuyckii Cancellarii Academiæ Lovaniensis orationem Parœneiicam, Trans-substantiationem Pontificiam, Missæ Idolomaniam, et manducationem carnis Jesu Christi corporalem. Accessit justicia Reformationis, congregationisque Ecclesiæ Woerdanæ, ad Christianam communitatem,