Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/332

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les manuscrits et de corriger les épreuves des livres qu’ils faisaient imprimer à Anvers[1].

Il est vrai qu’à cette époque, il ne se doutait pas lui-même de l’immensité de la tâche qu’il avait assumée. Il avait largement modifié le plan de son prédécesseur. Celui-ci, à la suite des martyrologes et des Acta sincera de tous les mois, s’était réservé deux volumes pour les dissertations, les notes et les tables; tandis que Bolland, au lieu de donner séparément une masse de textes continus, voulait joindre à chaque Vie un commentaire complet. Aux noms qui figuraient dans le martyrologe romain, il avait ajouté tous les saints qu’un titre public de culte plaçait dans les martyrologes particuliers. Il entendait mettre sérieusement à profit les innombrables documents que Rosweyde n’avait pas connus et qui, affluant sans cesse, apportaient pour ainsi dire chaque jour des lumières inespérées. Mais, malgré le surcroît de travail résultant de l’abandon du projet primitif, il se croyait en état de conduire l’entreprise à son terme. Douze volumes in-folio lui semblaient amplement suffire. Il avoua plus tard que si, dès le début, on avait connu les immenses proportions de l’œuvre, ses supérieurs, pas plus que lui, n’eussent probablement jamais songé à l’entreprendre[2].

Cependant, après quatre années d’un labeur opiniâtre, il éprouva le besoin de réclamer un collaborateur, d’autant plus qu’on ne l’avait pas dispensé de l’exercice du saint ministère et que les confessions absorbaient une partie considérable de son temps. En 1635, Antoine de Winghe, abbé de Liessies, qui se plaisait à encourager les travaux utiles, s’imposa le sacrifice d’une fondation de huit cents florins, à l’aide de laquelle la maison d’Anvers put adjoindre à Bolland un deuxième hagiographe, le P. Godefroid Henschen. Dès cet instant, tout en recevant une extension nouvelle, les travaux marchèrent avec autant de rapidité que le permettaient l’importance et l’étendue des matières. Les deux premiers volumes, contenant les Acta Sanctorum de janvier, parurent en 1643, aux applaudissements du monde catholique. Les trois volumes de février sortirent des presses quinze ans après et ajoutèrent encore à la réputation des hagiographes belges, qui obtinrent, en 1659, un troisième collaborateur, le P. Daniel van Papenbroek[3].

Dans toutes les parties de la chrétienté, le succès des Acta Sanctorum fut immense et mérité. A une époque où les études sérieuses comptaient tant d’adeptes fervents, où la science vraie recevait partout des encouragements et des hommages, l’œuvre éminente des hagiographes belges ne pouvait manquer de produire une sensation profonde. Quelques critiques isolées, parfois vives et acerbes, disparaissaient au milieu des éloges prodigués par les prélats et les érudits les plus célèbres du XVIIe siècle. Mais c’était principalement à Rome que les cinq premiers volumes rencontraient une approbation éclatante. Le pape Alexandre VII, juge tres-compétent en cette matière, s’écria avec bonheur : « Nul n’a fait ni entrepris jusqu’ici une œuvre plus utile et plus glorieuse à l’Église. » Il alla plus loin : dans le désir de rendre les Acta aussi parfaits que possible, il engagea Bolland à visiter l’Italie, pour compléter ses recherches au moyen des archives du Vatican et des nombreux manuscrits disséminés dans les bibliothèques de la ville éternelle.

Parvenu à l’âge de soixante-quatre ans, épuisé par l’étude et les veilles, Bolland dut refuser l’invitation du souverain pontife. Il céda cet honneur à ses deux compagnons, mais il eut soin de régler leur itinéraire de manière à en faire un pèlerinage scientifique éminemment utile à la suite de l’œuvre. Dans les premiers jours de juillet 1660, ils se séparèrent de leur maître vénéré, qui les

  1. Goethals (Lectures relatives à l’histoire des lettres en Belgique, t. I, p. 152) affirme que Bolland, par ses relations étendues, contribua largement à relever la typographie anversoise du discrédit où elle était tombée dans les premières années du XVIIe siècle.
  2. Papenhroek, Vita Bollandi, c. v.
  3. Henschen travailla pendant quarante-six et Papenbroek pendant cinquante-cinq années à la collection des Acta Sanctorum.