Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/43

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Il s’avança rapidement vers Bristol, où il entra le 27 octobre 1326. Hugues Spencer expia par un cruel supplice sa honteuse fortune, et Édouard II lui-même fut enfermé dans un château. Jean de Beaumont avait noblement élevé la voix pour qu’on lui laissât la vie et pour qu’on respectât en lui la dignité royale. « Li rois est rois d’Engleterre, disait-il, et il n’est nuls, ne moi, ne aultres, qui le doient juger à mort. » Et les barons lui avaient répondu d’une voix unanime. « Vous avés bien et loiaument parlé. » Près d’un an s’écoula avant que l’influence de Mortimer, favori d’Isabelle, appelé à succéder à Spencer, délivrât par un crime la reine d’un époux qui, même dans la captivité, semblait troubler ses amours adultères. Ce sombre attentat n’avait pas été consommé et rien n’avait troublé l’enthousiasme de la nation, lorsque la reine fit avec Jean de Beaumont son entrée solennelle à Londres ; « et fu en ce jour, dit Froissart, messires Jehans de Hainnau moult regardés de toutes gens et séoit sus un noir hault palefroi moult bien aourné que la chité de Londres li avoit donné, et fut moult prisiés en arroi, en personne et en contenance, et disoient toutes gens que il avoit bien fourme et regard de vaillant homme. » Les chevaliers du Hainaut ne tardèrent pas à quitter l’Angleterre : la reine prit congé d’eux à Eltham, où elle leur fit distribuer des joyaux et de la vaisselle d’argent, apportés solennellement, au son du chant des ménestrels, dans de grandes corbeilles que tenaient douze écuyers richement vêtus. Cependant, Jean de Beaumont prolongea son séjour à Londres afin d’assister au couronnement d’Édouard III, et dans le banquet qui eut lieu à cette occasion, il prit place à côté de la reine. « Vous devés scavoir, » rapporte le chroniqueur de Valenciennes, toujours empressé à recueillir ce qui attestait la gloire de son pays, « vous devés scavoir que messires Jehans de Hainnau fu ce jour moult regardés des contes, des barons et des chevaliers d’Engleterre, et conjoïs et festoyés, et rechut moult d’honnours, et se efforçoient tout signeur, toutes dames et damoiselles, de honnourer messire Jehan de Hainnau et les Hainnuiers. » Jean de Beaumont avait suivi Édouard III au château de Windsor, lorsqu’il y reçut un message du roi de Bohème qui l’invitait à se rendre au tournoi de Condé « où ils devoient estre compagnon ensamble. » Il ne pouvait rester sourd à cet appel : au mois de février 1327, il s’éloigna comblé des présents du jeune roi, et le maire de Londres, pour lui rendre plus d’honneur, l’accompagna jusqu’à Dartford.

Jean de Beaumont ne tarda pas à retourner en Angleterre, car le roi Édouard III lui avait adressé les lettres les plus pressantes pour qu’il l’aidât à repousser l’invasion des Écossais. Jean de Beaumont amena cinq cents « armures de fier, » chevaliers et écuyers, mais une rixe qui s’engagea à York avec les archers de l’évêque de Lincoln, les mit en grand péril. Ce fut avec indignation que Jean de Beaumont rappela à Édouard III combien il était odieux de voir des chevaliers qui venaient défendre l’Angleterre contre ses ennemis, exposés ainsi à périr par la trahison du peuple anglais. Édouard III chercha à le calmer en donnant à ceux dont il se plaignait l’ordre de déposer les armes ; il alla même jusqu’à lui promettre, si la lutte recommençait, de se placer à côté de lui, car il savait bien, disait-il, que c’était à lui qu’il devait son royaume. Dans la campagne qui s’ouvrit contre les Écossais, Jean de Beaumont et ses amis furent chargés de la garde du roi, et cette fois encore ils revinrent dans le Hainaut, chargés de présents et toujours prêts, comme ils le déclaraient eux-mêmes « à faire service au roi et au païs d’Engleterre. » Nous retrouvons peu après, dans la même ville d’York, Jean de Beaumont, qui y conduit sa nièce, Philippe de Hainaut, et qui y assiste aux fêtes de son mariage avec Édouard III, avant de prendre part aux joutes qui eurent lieu à Londres.

En 1328, Jean de Beaumont combat sous une autre bannière. Il se trouve près de Philippe de Valois à la bataille de Cassel, si désastreuse et si glorieuse à la