Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/463

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette ville, le 26 août 1841. Dès l’âge de onze ans, il obtint la survivance de son père, chirurgien sédentaire de la citadelle de Liége. A la suite de l’occupation française (1794), il émigra en Allemagne avec les troupes restées fidèles au prince-évêque, fit comme volontaire les premières campagnes du Rhin dans le régiment des hussards de Rohan, puis passa en Italie avec les chasseurs à cheval de Bussy. Prisonnier des Français à Trebia (1799), il fut incorporé dans le 7e régiment des chasseurs à cheval. Il resta ensuite quelque temps à l’hôpital d’Alexandrie, en qualité d’officier de santé, et quitta définitivement le service militaire huit mois après la bataille de Marengo.

De retour à Liége, Bovy reprit ses études médicales. Il devint bientôt l’un de nos praticiens les plus en renom. A l’âge de quarante ans, il eut le courage de se rasseoir sur les bancs de l’école et de demander le diplôme de docteur (1819) à la Faculté de médecine de l’Université récemment fondée. Nommé plus tard chirurgien du bureau de bienfaisance, membre de la Commission médicale de la province et chirurgien en chef des hospices civils de Liége, il apporta dans l’exercice de ces fonctions autant de dévouement que de désintéressement. Là ne se borna point son activité. Il rendit encore d’importants services à plusieurs institutions locales, notamment au Conservatoire royal de musique, dont il fut l’un des administrateurs, et à l’Association nationale pour l’encouragement de la littérature en Belgique qui, en 1839, l’appela à la vice-présidence de sa commission directrice.

Bovy a peu écrit sur l’art de guérir. Nous ne connaissons guère que sa dissertation inaugurale de Cancero uteri. Leodii, 1819, in-4°. Son œuvre de prédilection, celle qui devait faire vivre son nom et à laquelle il consacra les loisirs de bien des années, n’a rien de commun avec les préoccupations habituelles d’un disciple d’Esculape. Elle est intitulée : Promenades historiques dans le pays de Liége. Liége, Collardin, 1838-39. 2 vol. in-8° et pl. — Supplément. Liège, Jeunehomme, 1841, in-8°. Ce dernier volume, publié par les soins de Ch. de Chênedollé et formé de tirés à part de la Revue belge n’a été imprimé qu’à cent exemplaires destinés aux amis de l’auteur.

Ces pages pleines d’intérêt, dont la Revue belge eut les prémices, obtinrent dès leur apparition un succès de franche popularité. L’empressement des lecteurs de toute classe et de tout âge devança les éloges des journaux. A ses descriptions des charmantes vallées de l’Ourthe et de l’Amblève, des bords de la Vesdre, des rives du Geer et de la Mehaigne, l’excellent docteur mêlait çà et là des souvenirs de sa jeunesse, et on lui en savait gré pour deux raisons : d’abord parce qu’ils se rapportaient à des événements dont un grand nombre de personnes encore vivantes avaient été témoins, ensuite, parce qu’il était visible que Bovy ne faisait pas ses confidences au papier pour attirer sur lui l’attention. D’autre part, il avait exploité avec bonheur et impartialité la mine inépuisable des vieilles chroniques et des traditions orales, les unes plus inconnues, les autres, au contraire, mieux conservées alors qu’aujourd’hui.

Bovy, plus que tout autre peut-être, a révélé aux Liégeois la poésie de leur passé, et l’on peut dire de lui comme de M. Polain (qui s’est exercé dans un genre plus sérieux), qu’il a puissamment contribué à fortifier l’attachement des Liégeois au sol natal. Les souvenirs d’un Émigré se distinguent par la même ardeur de patriotisme et sont remplis de détails touchants; on sent que l’auteur écrit sous l’empire de l’émotion. Ce furent les larmes involontaires qu’il versa en revoyant sa chère cité après de longues années d’absence, qui fécondèrent son inspiration et l’animèrent du désir d’en parcourir en tous sens les environs pittoresques. Bovy n’était pas un génie, mais un écrivain type en son genre, parce que son cœur guidait sa plume et que ses intentions étaient d’une vivacité peu commune. Si jamais le pays de Liége enfante un Walter Scott, on peut être sûr que c’est la lecture des Promenades