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Dernière entrevue de Guillaume Ier et du comte d’Egmont, et le Compromis des nobles.

Ad. Siret.

*BEDMAR (Don Isidro de la Cueba y Benavides, marquis DE), né le 23 mai 1652, mort le 2 juin 1723. Il était fils de Gaspard de la Cueba et Mendoza, et d’Emmanuelle Henriquez Osorio, fille de Rodrigue, marquis de Valdunquillo.

Bedmar quitta de bonne heure l’Espagne, pour aller servir comme capitaine de gens de pied dans l’État de Milan. De là il passa aux Pays-Bas, où il fut élevé au grade de mestre de camp, qui dans l’infanterie espagnole équivalait à celui de colonel ; nous le voyons figurer avec ce grade sur les listes de l’administration militaire des années 1676 à 1680. En 1681, il y est qualifié de sergent général de bataille. A la fin de la même année, il réunissait à ce titre celui de gouverneur de Bruxelles. Au mois de septembre 1682, Charles II lui donna la charge dé général ou grand maître de l’artillerie des Pays-Bas. Il devint, en 1692, mestre de camp général ; il commandait, en cette qualité, un des corps de l’armée des alliés à la bataille de Landen (29 juillet 1693), où sa belle conduite lui valut l’approbation générale[1]. Lorsque, en 1700, le gouvernement du Milanais fut donné au prince de Vaudemont, ce fut Bedmar qui le remplaça aux Pays-Bas comme général des armes, c’est-à-dire commandant en chef des troupes royales, sous les ordres de l’électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière (voir ce nom), qui était gouverneur et capitaine général de ces provinces.

Le 19 novembre 1700, un courrier expédié de Versailles apporta à l’électeur l’avis que Louis XIV acceptait le testament par lequel Charles II avait appelé le duc d’Anjou à lui succéder ; Maximilien-Emmanuel envoya Bedmar à la cour de France, pour complimenter, en son nom, le nouveau roi. Bedmar fut reçu à Marly, le jour même de son arrivée, par Philippe V et par Louis XIV ; il les vit ensuite à Versailles. Après le marquis de Castel dos Rios[2], il était le premier espagnol de marque qui eût présenté ses hommages à Philippe V ; le jeune monarque et le roi son aïeul lui firent l’accueil le plus distingué. Saint-Simon nous apprend qu’il plut fort à Louis XIV, et « que le roi le vit longtemps seul dans son cabinet. » Le marquis de Torcy eut aussi avec lui plusieurs conférences. C’est qu’à la cour de Versailles, malgré l’adhésion de l’électeur de Bavière au testament de Charles II, on n’était pas sans inquiétude sur les sentiments et les résolutions de ce prince, et qu’on voulait engager Bedmar dans les intérêts des deux rois, pour s’assurer, avec son concours, des Pays-Bas espagnols : afin d’y réussir mieux, Torcy lui promit que, s’il avait quelque chose à désirer pour son avancement ou pour l’avantage de sa maison, Sa Majesté Très-Chrétienne le demanderait au roi son petit-fils. On verra tout à l’heure que Bedmar ne fut pas insensible à ces avances. Il revint à Bruxelles porteur d’une lettre de Philippe V qui accordait grâce entière aux bourgeois de cette ville, que le conseil de Brabant avait condamnés au bannissement ou à la prison, comme auteurs ou complices de la sédition dont elle avait été le théâtre l’année précédente.

Le traité de la grande alliance conclu à la Haye (7 septembre 1700) entre l’empereur, le roi de la Grande-Bretagne et les états généraux des Provinces-Unies contre la maison de Bourbon, menaçait l’Europe d’une conflagration universelle ; l’électeur de Bavière jugea nécessaire sa présence dans ses États, et partit de Bruxelles le 23 mars 1701, laissant, par ordre de Louis XIV, le gouvernement dont il était investi au marquis de Bedmar, qui prit dès lors le titre de commandant général des Pays-Bas, quoiqu’il n’en eût pas encore les patentes, lesquelles il reçut seulement au mois de juillet. La situation de ces provinces réclamait des mesures énergiques et promptes : l’armée hispano-belge se composait de cinq à six mille hommes au plus, et toute la cavalerie était à pied ;

  1. El marqués de Bedmar satisfizo tan llanamente à las operaciones que se podian esperar de su nacimimento, logrando la mayor aprobacion y concepto. (Lettre de D. Francisco Bernardo de Quiros à Charles II, du 2 août 1693.)
  2. Ambassadeur d’Espagne en France.