Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 3.djvu/480

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sadeurs qui assisteraient à la prochaine diète pussent les remettre entre les mains de son successeur. Par un dernier acte, dont il se garda bien de donner connaissance à Ferdinand, il créa son fils, ainsi que ceux qui après lui occuperaient le trône d’Espagne, vicaires perpétuels de l’Empire en Italie. Cet acte était si exorbitant qu’il encourut le blâme de Granvelle lui-même[1].

Deux flottes étaient réunies dans la rade de Flessingue pour transporter en Espagne Charles-Quint et les reines ses sœurs : l’une se composait de navires biscayens, asturiens et castillans; elle était commandée par D. Luis de Carvajal, capitaine général de l’armada de Guipuzcoa; l’autre était formée de navires flamands et zélandais; elle avait pour amiral Adolphe de Bourgogne, seigneur de Wacken. Le vent que les pilotes désiraient pour mettre à la voile s’étant fait sentir, l’empereur et les reines s’embarquèrent le 14 septembre dans l’après midi[2] : l’empereur sur un navire biscayen, El Espiritú Santo, du port de 565 tonneaux, que commandait Antonio de Bertendona[3]; les reines sur Le Faucon, navire belge portant le pavillon de l’amiral de Wacken. Le 15, de grand matin, les flottes se mirent en mouvement; mais elles avaient à peine appareillé que le calme d’abord et ensuite les vents de sud-ouest les retinrent à la pointe de Ramekens. Philippe II y vint, le 16, visiter son père. Le même jour, le vent fraîchit et prit une direction favorable; les flottes purent ainsi, le 17, poursuivre leur route. Le 28 elles mouillèrent dans le port de Laredo en Castille. Charles-Quint descendit à terre dans l’après-midi.

Philippe II avait expressément recommandé à sa sœur, la princesse doña Juana, de prendre les mesures nécessaires pour que l’empereur, en descendant à terre, trouvât, avec un alcade de cour chargé de pourvoir à la subsistance de sa maison et de lui procurer les moyens de transport dont il aurait besoin, six des prêtres attachés à la chapelle royale et une somme de trois mille ducats; il avait ajouté que, quoique l’empereur ne voulût entendre parler d’aucune cérémonie, il convenait que quelques-uns des grands, accompagnes d’un prélat, l’allassent recevoir au port où il débarquerait[4]. Doña Juana avait donné des ordres et écrit des lettres en conséquence. Néanmoins à Laredo Charles-Quint ne trouva personne[5]. L’alcade Durango n’y arriva qu’après lui ainsi que don Juan Manrique, évêque de Salamanque. Le 5 octobre y vint, à sa grande satisfaction, le colonel don Luis Mendez Quijada, qui, lorsqu’il avait licencié sa cour à Bruxelles, faisait partie de ses majordomes. Il y avait trente-quatre ans que Quijada était attaché à sa personne; il avait pu apprécier sa fidélité et son dévouement : aussi était ce sur lui qu’il avait jeté les yeux pour la direction de sa maison en Espagne. Dans cette vue il l’avait autorisé à aller passer quelque temps avec sa femme en son domaine de Villagarcia, situé non loin de Valladolid[6].

Charles quitta Laredo le 6. Il s’arrêta le premier jour à Ampuero, le deuxième à la Nestosa, le troisième à Agüéra, où il donna audience à D. Enrique Enriquez de Guzman ainsi qu’à D. Pedro Pimentel, envoyés pour le complimenter par la princesse doña Juana et le prince D. Carlos. Il voyageait en litière; les hallebardiers qu’il avait amenés des Pays-Bas formaient son escorte; l’alcade Durango marchait en tête du cortége avec cinq alguazils armés de leurs bâtons de justice. Les deux reines suivaient à un jour de dis-

  1. Retraite et mort, etc. Introduct., pp. 136-143.
  2. Discours de l’embarquement et départie de l’empereur Charles, etc.
        Avant de s’embarquer, Charles-Quint causa quelques in instants, sur la jetée, avec les reines ses sœurs et les embrassa. « Ceux qui estoient près — dit l’auteur du Discours — le voulurent contempler, pouvant bien dire que jamais ne fut vu prince plus blanc, de visage fort maigre et retiré, les mains toutes crochées, la parole si débille et cassée qu’il sembloit ne luy rester plus que l’esprit. »
  3. M. Mignet, Charles-Quint, etc., p. 137, donne des détails intéressants sur l’aménagement de ce navire
  4. Retraite et mort, etc. Introduct., pp. 120 et 136; t. II, p. 93.
  5. Il ne reçut les trois mille ducats qu’à Agüéra, le 8 octobre, et les six chapelains n’arrivèrent auprès de lui que le 10, à Medina de Pomar.
  6. Retraite et mort, etc., Introduct., p. 127; t. I, p. 29 et suiv.; t. II, p. 95.