Page:Bishop - En canot de papier de Québec au golfe du Mexique, traduction Hephell, Plon, 1879.djvu/132

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sur les crêtes rosées des flots qui reflètent le ciel, au lit d’écume qui l’attend.

Me tirant avec peine du sable et des galets, je me relevai et restai à contempler les petits ruisseaux qui tombaient de mes vêtements. Cependant, un nouveau danger m’attendait, car le vent sifflait sur la grève déserte et sur les marais désolés. Pour me réchauffer, je me mis d’abord à faire des gambades sur la grève, pensant en même temps que mon voyage venait de se terminer d’une façon désastreuse. Triomphant de ce moment d’abattement, je réfléchis que cette épreuve était seulement la première de beaucoup d’autres, auxquelles il était nécessaire de me préparer pour l’heureux accomplissement de mon entreprise. Mais où était le canot avec les vivres qui devaient me nourrir ? Où étaient les cartes qui devaient m’enseigner le chemin à travers ce labyrinthe d’eaux que j’avais à franchir ? Il était près de la côte, mais non pas à terre. Il n’y avait pas à perdre de temps, ni à délibérer s’il fallait rentrer encore dans l’eau. L’épreuve fut courte et rude, mais je halai mon bateau à terre. Tout était mouillé, excepté ce dont j’avais le plus besoin, c’est-à-dire un costume de flanelle soigneusement enveloppé dans un imperméable. Il était absolument nécessaire de changer mes habits mouillés contre des vêtements secs ou mourir. Ce n’était pas chose facile à faire avec des mains engourdies et des membres paralysés par le froid. Ô ombre de Benjamin Franklin, un de tes descendants, un voyageur expérimenté n’avait-il pas prévu mes tribulations, lorsqu’à mon départ de Philadelphie il me força à emporter